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TECHNIQUES DE BIOLOGIE MOLECULAIRE
DANS LES TUMEURS DES TISSUS MOUS

 

         
 

INTRODUCTION


Le diagnostic des tumeurs des tissus mous est difficile et il bénéficie de plus en plus de la mise en évidence d'anomalies génétiques spécifiques, telles les translocations, dans certaines tumeurs.
La description initiale de ce type de lésions a été faite par étude cytogénétique sur caryotype nécessitant du matériel tissulaire à l'état frais et une mise en culture des tissus prélevés. Cette technique est relativement contraignante et difficile à mettre en œuvre en pratique quotidienne.
D'autres techniques, dites de génétique moléculaire, ont été développées et sont plus adaptées à la routine. Il s'agit principalement des techniques de PCR (Polymerase Chain Reaction) et de FISH (Fluorescence In Situ Hybridization), qui sont en outre le plus souvent applicables sur du matériel fixé et inclus en paraffine.
Ces techniques sont parfois indispensables pour arriver à un diagnostic précis et seront de plus en plus souvent exigées, ce d'autant que les traitements sont de plus en plus adaptés aux types histologiques de sarcomes.

I - LES TECHNIQUES


LA CYTOGENETIQUE


- Principe : il s'agit d'une étude du caryotype après mise en culture du tissu tumoral prélevé.
- Matériel utilisable : il faut absolument disposer de tissu tumoral à l'état frais à mettre immédiatement dans un milieu de culture type RPMI de manière stérile et le transmettre dans les 24 heures au laboratoire de cytogénétique.
- Avantages : cette technique permet de retrouver des lésions chromosomiques non répertoriées. Elle a ainsi joué un rôle majeur dans la description initiale des lésions.
- Limites :
Nécessite du matériel à l'état frais, de bonne qualité, stérile.
Nécessite une mise en culture avec un taux de réussite d'environ 60 %.
Ne montre que les anomalies chromosomiques grossières.

 

LA TECHNIQUE DE PCR


Cette technique, mise au point en 1983, a révolutionné l'exploration de l'ADN et de l'ARN et est maintenant utilisée de manière quotidienne et routinière dans de nombreux laboratoires.

  • Principe : grâce à l'utilisation d'une DNA polymérase stable à la chaleur (Taq polymérase extraite d'une bactérie vivant dans l'eau chaude dénommée thermus aquaticus) un fragment d'ADN peut être amplifié de manière exponentielle et ce de manière spécifique. L'amplification de quelques copies d'ADN peut atteindre le milliard d'exemplaires après 30 cycles de PCR.
    Cette amplification peut se faire à partir d'ADN ou d'ADN complémentaire (ADNc) dérivant d'ARN après reverse transcription (RT).
    Il convient de connaître la séquence nucléotidique de l'acide nucléique cible que l'on veut amplifier (séquences disponibles sur des bases de données accessibles par Internet), afin de faire fabriquer des amorces (primers) qui sont des séquences oligonucléotiques courtes de l'ordre de 20 paires de bases et qui "encadrent" le brin d'acide nucléique à amplifier. Des programmes informatiques également accessibles par Internet sont disponibles pour aider à donner la bonne séquence nucléotidique de ces amorces.
    Chaque cycle de PCR comprend trois étapes :
    . dénaturation de l'ADN cible en chauffant à plus de 90° ;
    . hybridation des amorces sur le brin d'ADN cible qui se fait à environ 55° ;
    . puis extension ou copie du brin d'ADN cible à partir des amorces qui se fait à environ 72° grâce à la Taq polymérase.
    Chaque cycle complet de PCR double donc le capital initial d'acides nucléiques. Cette amplification exponentielle permet ainsi d'aboutir à une quantité très importante d'ADN cible de manière spécifique.
    La visualisation des produits de PCR peut se faire sur gel d'agarose, par électrophorèse capillaire ou de plus en plus par fluorescence, par la technique de PCR en temps réel ou PCR quantitative. Des automates commercialisés assurent la réalisation de cette technique qui permet de noter, pour chaque cycle d'amplification, la quantité réelle de produit amplifié détecté par fluorescence. On obtient donc en temps réel une courbe d'amplification.
  • Matériel utilisable :
    Les techniques de PCR sont réalisables à partir d'une très faible quantité d'ADN ou d'ARN. Ces acides nucléiques peuvent être extraits à partir de tissu congelé, de tissu fixé et inclus en paraffine ou même de tissu micro-disséqué.
    En cas de tissu fixé et inclus en paraffine, la longueur du brin d'acide nucléique amplifié ne pourra pas dépasser 200 paires de base, du fait de la fragmentation des acides nucléiques liée à la fixation.
    Les différents fixateurs utilisés, sauf le liquide de bouin standard, donnent de bons résultats en technique de PCR. Il convient cependant de savoir que la qualité des acides nucléiques extraits dépend en grande partie de la durée de la fixation et qu'en pratique une fixation de plus de trois jours donnera difficilement des acides nucléiques exploitables.
  • Avantages :
    . Pratiquement tous les types de matériel, en particulier ceux conservés dans les laboratoires d'anatomie pathologique sont utilisables.
    . Grande spécificité et surtout sensibilité de la technique.
    . Technique utilisable pour la mise en évidence de translocations en cherchant à amplifier la zone de jonction entre les deux chromosomes et en plaçant une amorce de chaque côté de cette jonction. S'il n'existe pas de translocation, il n'y aura pas d'amplification exponentielle, tandis que si la translocation existe, il y aura bien une amplification exponentielle.
    . Utilisation de la technique de PCR en temps réel qui permet de quantifier de manière fiable l'acide nucléique cible. On peut ainsi évaluer le nombre de copies d'un gène en fonction d'un gène de référence.
  • Limites :
    La grande sensibilité de la technique explique la plupart des faux positifs observés. En effet, une seule copie de la séquence à amplifier aboutit à un résultat positif. Cette copie peut très facilement venir de la contamination d'un prélèvement à un autre. Il convient d'être donc très rigoureux lorsque l'on manipule cette technique et de séparer physiquement les différents temps d'extraction d'acides nucléiques et d'amplification en utilisant des pièces différentes et non communicantes.

 

LA FISH

  • Principe : c'est la visualisation de séquences spécifiques d'acides nucléiques par un fluorochrome sur métaphase ou sur noyau interphasique.
  • Matériel utilisable : on peut utiliser des appositions ou frottis sur lames, des coupes de tissu congelé ou de tissu fixé et inclus en paraffine.
    Là encore, le liquide de bouin standard ne permet pas de réaliser cette technique.
  • Avantages :
    . Pratiquement tout type de matériel conservé dans les laboratoires d'anatomie pathologique est utilisable.
    . On visualise sous le microscope à fluorescence le type de cellule qui porte l'anomalie génomique recherchée.
    . On peut mettre en évidence des amplifications, et des translocations en utilisant des sondes spécifiques de couleur différente.
  • Limites :
    . La reproductibilité de la technique dépend principalement du type et de la durée de la fixation et il est souvent nécessaire de réaliser plusieurs pré-traitements pour aboutir à un compromis entre l'accès des sondes aux acides nucléiques cibles et la conservation d'une morphologie suffisante.
    . Nécessite un matériel spécifique et une interprétation qui est parfois difficile.

 

AUTRES TECHNIQUES

  • Southern blot et Northern blot : Ces techniques de base en biologie moléculaire sont rarement utilisées pour le diagnostic de routine. Le Southern blot étudie l'ADN et permet de détecter des altérations importantes telles une amplification ou une translocation. Le Northern blot étudie les ARN et permet d'étudier l'expression des gènes.
  • La recherche de mutations ponctuelles peut se faire en routine lorsqu'elle est d'intérêt diagnostique, pronostique ou de prédiction de réponse à un traitement. Ainsi les mutations du gène c-kit peuvent être effectuées à partir de matériel congelé au mieux, ou éventuellement à partir de matériel fixé et inclus en paraffine. Le principe est de réaliser une amplification de la région génomique (en général relativement courte) susceptible de porter la mutation et de détecter cette mutation par différentes techniques dont le séquençage direct du fragment amplifié.
  • La CGH chromosomique ou hybridation génomique comparative chromosomique est plutôt une technique de recherche car elle est difficile à mettre en œuvre et relativement longue. Le principe en est de réaliser une hybridation compétitive entre l'ADN tumoral marqué en vert et de l'ADN normal marqué en rouge sur un caryotype de cellules normales. Ainsi les zones amplifiées apparaîtront en vert et les zones délétées en rouge sur le caryotype. Cette technique permet ainsi de détecter l'ensemble des amplifications et délétions et de les situer relativement précisément sur un caryotype.
  • Techniques de micro-array : ces techniques sont en train de révolutionner la recherche en biologie moléculaire car elles permettent d'évaluer en une seule manipulation l'ensemble du génome d'un tissu tumoral pour une amplification ou une délétion et pour un niveau d'expression avec une résolution importante. La CGH-array permet ainsi sur une seule lame de verre de répertorier l'ensemble des délétions et amplifications pour le génome d'une prolifération tumorale. Le cDNA-array permet lui d'évaluer le niveau d'expression de l'ensemble des gènes pour une prolifération tumorale et d'établir un profil d'expression d'une tumeur. Cette approche de profil d'expression a déjà été utilisée dans les tumeurs des tissus mous et apporte des informations importantes sur la connaissance des tumeurs et leur classification. Il s'agit cependant de techniques très coûteuses et encore difficiles à mettre en œuvre.

 

II - LES APPLICATIONS ACTUELLES

 

A - DETECTION DES TRANSLOCATIONS


Il s'agit principalement de la détection des translocations réciproques spécifiques de certains types histologiques.
Le tableau I indique les sarcomes qui comportent une translocation spécifique détectable par génétique moléculaire, le plus souvent RT/PCR mais parfois également FISH.
En pratique, les sarcomes pour lesquels cette détection est le plus souvent utilisée sont le synovialosarcome, le sarcome d'Ewing/PNET et le rhabdomyosarcome alvéolaire.
Les translocations spécifiques aboutissent à un gène chimérique qui code pour une protéine de fusion spécifique de tumeur qui a un rôle central dans la transformation tumorale. Ces gènes de fusion sont souvent des facteurs de transcription.
La première translocation décrite dans le domaine des sarcomes a été celle du sarcome d'Ewing en 1983 par Alain Aurias (7) et Claude Turc-Carel (38).

  • Sarcome d'Ewing/PNET
    Il s'agit le plus souvent d'une translocation entre les chromosomes 11 et 22 fusionnant les gènes EWS du chromosome 22 et FLI1 du chromosome 11. Cette translocation est retrouvée dans 85 % des cas. D'autres types de translocations faisant toujours intervenir le gène EWS du chromosome 22 ont été mis en évidence : translocation t(21;22) fusionnant les gènes EWS et ERG dans 10 à 15 % des cas et, beaucoup plus rarement, translocation t(7;22) fusionnant EWS et ETV1, translocation t(2;22) fusionnant EWS et FEV et translocation t(17;22) fusionnant EWS et E1AF.
    Dans les sarcomes d'Ewing, il existe une hétérogénéïté moléculaire importante : ainsi la translocation t(11;22) fusionnant EWS et FLI1 comporte 18 types de transcrits différents ce qui nécessite un long produit d'amplification de l'ordre de 800 paires de bases pour les mettre tous en évidence.
    En pratique, la RT/PCR est donc principalement réalisée sur tissu congelé qui permet parfaitement l'amplification de ce type de transcrit (31). Sur paraffine, il est possible d'utiliser la technique de FISH (kit Zymed) ou éventuellement d'utiliser une technique de RT/PCR multiplexe à partir de tissu fixé et inclus en paraffine (technique de Lausanne).
    Ce type d'anomalies moléculaires a permis de montrer que les tumeurs que l'on dénommait sarcome d'Ewing, neuroépithéliome, tumeur d'Askin, etc.. correspondent en fait à la même famille du sarcome d'Ewing, que la tumeur soit développée primitivement au niveau des tissus mous ou au niveau des os (13).
    La démonstration de cette translocation spécifique est maintenant presque indispensable pour affirmer formellement le diagnostic de sarcome d'Ewing. En effet, le sarcome d'Ewing correspond à une tumeur maligne à petites cellules rondes dont le profil immunohistochimique est peu spécifique et les cas de diagnostics incertains sont nombreux en pratique.
    Etant donné qu'il existe des protocoles thérapeutiques adaptés à ce type histologique, il convient donc systématiquement de congeler un fragment de tumeur chez les sujets susceptibles d'être porteurs d'un sarcome d'Ewing, en particulier chez les sujets jeunes de moins de 30 à 40 ans porteurs d'une tumeur des tissus mous ou d'une tumeur osseuse.
  • Synovialosarcome :
    Dans plus de 95 % des cas, il existe une translocation spécifique faisant intervenir le gène SYT sur le chromosome 18 et le gène SSX1 ou SSX2, et plus rarement SSX4 sur le chromosome X (23).
    La technique développée sur tissu fixé et inclus en paraffine, qu'il s'agisse d'une technique de PCR classique ou d'une technique de PCR en temps réel est sensible et spécifique. Ainsi dans un travail ayant porté sur 221 cas, Guillou et coll ont trouvé une spécificité de 100 % et une sensibilité de 96 % (19).
    En 2000, O'Sullivan et coll ont rapporté des cas de translocations t(X;18) dans des schwannomes malins et d'autres tumeurs (29). Ce travail a été sérieusement critiqué par de nombreux pathologistes et biologistes moléculaires car il s'agit très probablement de contamination lors du recueil du matériel, des techniques d'extraction d'ARN ou de la technique d'amplification par PCR. Ladanyi et coll ont montré que sur 145 cas de schwannomes malins utilisant des techniques variées le résultat a toujours été négatif (25). Trois études ultérieures réalisées sur des schwannomes malins développés au cours d'une maladie de Recklinghausen ont toujours rapporté des résultats négatifs et insistent sur la nécessité d'une assurance qualité en cas d'utilisation de PCR (10, 27, 36).
    Dans un travail récent (12) portant sur 204 cas correspondant potentiellement à un synovialosarcome, et étudiés de manière prospective, nous avons pu montrer que lorsque le diagnostic de synovialosarcome était certain (29 % des cas), ou très probable (19 % des cas), la recherche de translocation n'était pas nécessaire. Par contre, lorsque le diagnostic de synovialosarcome est seulement possible, c'est-à-dire lorsqu'il vient simplement en position de diagnostic différentiel par rapport à un autre diagnostic plus vraisemblable (52 % des cas), la recherche d'une translocation spécifique est alors très utile puisqu'elle permet d'affirmer le diagnostic de synovialosarcome dans 24 % des cas. Ces tumeurs de diagnostic difficile correspondent le plus souvent à des tumeurs à cellules fusiformes posant le diagnostic différentiel avec un schwannome malin, tumeurs à cellules rondes posant le diagnostic différentiel avec un sarcome d'Ewing, tumeurs d'aspect épithélial posant le problème du diagnostic différentiel avec un carcinome, un myoépithéliome ou plus rarement un fibrosarcome épithélioïde.
    Les transcrits de type SSX1 et SSX2 sont les plus fréquents. Le transcrit de type SSX1 est observé dans 60 à 70 % des cas. Il est presque constant dans les synovialosarcomes biphasiques et associé à un synovialosarcome monophasique une fois sur deux.
    Ladanyi et coll ont récemment rapporté, sur une série de 243 patients, un meilleur pronostic pour les synovialosarcomes ayant un transcrit de type SSX2 par rapport à ceux ayant un transcrit de type SSX1 (24). Dans une étude conduite par Guillou pour le Groupe Sarcomes Français et portant sur 182 cas (18), nous ne retrouvons pas ces résultats et montrons que le meilleur facteur pronostique pour les synovialosarcomes est le grade histologique, critère non utilisé dans la série de Ladanyi.
  • Rhabdomyosarcomes alvéolaires :
    Les rhabdomyosarcomes alvéolaires représentent 30 à 40 % de l'ensemble des rhabdomyosarcomes du sujet jeune. Ils ont un très mauvais pronostic avec un potentiel métastatique important et bénéficient actuellement d'une intensification thérapeutique avec chimiothérapie première. Ils nécessitent donc d'être reconnus de manière fiable.
    Cette tumeur comporte une translocation spécifique rapportée dans 85 % des cas. Il s'agit le plus souvent d'une translocation t(2;13) fusionnant les gènes PAX3 et FKHR ou plus rarement t(1;13) fusionnant les gènes PAX7 et FKHR (15, 22, 37).
    La mise en évidence de cette translocation possible sur tissu fixé et inclus en paraffine constitue un critère diagnostique spécifique et relativement sensible. Cette technique est d'autant plus importante que l'on utilise actuellement de plus en plus les microbiopsies pour diagnostiquer les sarcomes en particulier chez l'enfant. Sur ce type de matériel, il est plus difficile de reconnaître un rhabdomyosarcome alvéolaire, surtout dans sa forme solide, et de le séparer d'un rhabdomyosarcome embryonnaire dans sa forme dense.
    Les rhabdomyosarcomes alvéolaires montrent une positivité pour la myogénine au niveau de la majorité de leurs cellules, tandis que les rhabdomyosarcomes embryonnaires sont plus souvent positifs sur moins de 50 % des cellules tumorales (33). En pratique, il est inutile de faire une recherche de translocation spécifique en cas de rhabdomyosarcome embryonnaire montrant moins de 50 % de cellules tumorales positives pour la myogénine.
    Par contre, lorsque plus de 50 % des cellules tumorales sont positives cette recherche doit certainement être effectuée.
    En outre, la distinction entre les transcrits de type PAX3 et PAX7 aurait un intérêt pronostique : les malades porteurs d'une tumeur ayant une translocation de type PAX7 auraient un meilleur pronostic et en particulier dans les stades métastatiques (1, 35).
  • Sarcomes à cellules claires :
    D'autres types de translocations peuvent être utiles en pratique : il s'agit de la translocation spécifique des sarcomes à cellules claires : translocation t(12;22) fusionnant les gènes EWS et ATF1 (30). Cette translocation est spécifique du sarcome à cellules claires, pratiquement constante et aide au diagnostic différentiel avec une métastase d'un mélanome conventionnel ou un schwannome malin épithélioïde. Cette translocation peut être mise en évidence sur matériel fixé et inclus en paraffine (4).
  • Liposarcomes myxoïde et à cellules rondes :
    Ils possèdent le même type de translocation montrant ainsi qu'ils appartiennent à la même catégorie de tumeurs. Il s'agit d'une translocation t(12;16) dans plus de 90 % des cas fusionnant les gènes DDIT3 et FUS ou plus rarement une translocation t(12;22) fusionnant les gènes DDIT3 et EWS (5). Cette translocation est spécifique de cette catégorie de tumeurs (3, 28). Elle peut être retrouvée sur tissu fixé et inclus en paraffine soit par RT-PCR (20), soit par technique de FISH. Le diagnostic de liposarcome myxoïde/à cellules rondes est habituellement facile, mais la mise en évidence de cette translocation peut être utile pour le diagnostic de certains liposarcomes exclusivement constitués de cellules rondes, pour distinguer un liposarcome bien différencié sclérosant myxoïde d'un liposarcome myxoïde, un liposarcome pléomorphe d'un liposarcome à cellules rondes ou identifier un liposarcome à cellules rondes ou myxoïde dans une localisation inhabituelle telle le mésentère. Le type de translocation en cause n'a pas de valeur pronostique (5).
  • Chondrosarcome myxoïde extrasquelettique :
    Il s'agit d'un sarcome rare dont la nature cartilagineuse n'est pas certaine. Dans 80 à 90 % des cas, on observe une translocation entre les chromosomes 9 et 22, fusionnant les gènes NR4A3 et EWS dans 75 % des cas, entre les chromosomes 9 et 17 fusionnant les gènes NR4A3 et RBP56 dans 15 % des cas, un cas de translocation t(9;15) (gènes NR4A3 et TCF12) a été rapporté.
    Cette translocation est spécifique du chondrosarcome myxoïde extrasquelettique et n'existe pas dans le chondrosarcome osseux (2). La translocation peut être mise en évidence sur tissu fixé et inclus en paraffine.
    Sur le plan du diagnostic, la mise en évidence de cette translocation peut être utile pour identifier les variantes cellulaires des chondrosarcomes myxoïdes et les formes atypiques avec cellules épithélioïdes et zones fibrosarcomateuses.
  • Fibrosarcome infantile :
    Une translocation t(12;15) fusionnant les gènes TEL et NTRK3 est constante et constitue actuellement le meilleur argument diagnostique pour le fibrosarcome infantile ou congénital (8). Cette translocation est également retrouvée dans le néphrome mésoblastique cellulaire.
    Cette translocation doit être recherchée principalement sur tissu congelé car sa mise en évidence est inconstante sur tissu fixé et inclus en paraffine.
    Cette technique aide au diagnostic différentiel avec un hémangiopéricytome infantile ou myofibromatose infantile immature et une tumeur desmoïde cellulaire (14).
  • D'autres tumeurs présentent une translocation spécifique, telle la tumeur desmoplastique à cellules rondes intra-abdominales [translocation t(11;22) fusionnant les gènes EWS et WT1] (16 26), le dermatofibrosarcome de Darier et Ferrand [translocation t(17;22) fusionnant les gènes PDGB et COL1A] (34), le sarcome alvéolaire des parties molles [translocation t(11;17) fusionnant les gènes TFE3 et ASPL] (21). Il convient de noter qu'il existe un anticorps anti-portion carboxyterminale de TFE3 qui est pratiquement spécifique des sarcomes alvéolaires des parties molles (6).
    Lipoblastomes :
    A côté des translocations spécifiques observées dans les sarcomes, il existe un réarrangement chromosomique spécifique dans le lipoblastome : il s'agit du réarrangement au niveau de la région 8q12 qui intéresse le gène PLAG1 (17). Ce réarrangement peut être mis en évidence par technique de FISH sur coupes en paraffine. Il permet le diagnostic différentiel du lipoblastome d'avec un liposarcome myxoïde ou un liposarcome bien différencié en cas de survenue de la tumeur chez le sujet de plus de 10 ans comme cela a été récemment rapporté (32).

 

B - DETECTION D'AMPLIFICATION

Différents travaux de cytogénétique, de FISH et de CGH chromosomique ont montré que la catégorie des liposarcomes bien différenciés et dédifférenciés avait un profil génomique particulier avec une amplification de la région 12q13-15 comportant entre autre les gènes MDM2 et CDK4, eux-mêmes constamment amplifiés dans cette catégorie de tumeurs.
L'amplification de ces deux gènes peut être mise en évidence en pratique diagnostique par immunohistochimique, FISH et PCR quantitative.
Les anticorps anti-MDM2 (clone IF2-Clinisciences) et CDK4 (clone DSC-31- Clinisciences) sont relativement spécifiques et sensibles pour détecter une amplification de ces gènes. Cependant, la technique est parfois difficile à mettre en œuvre du fait de la fixation non contrôlée aboutissant à un bruit de fond rendant la technique ininterprétable. Il convient en outre de se souvenir qu'une positivité en immunohistochimie révèle une hyperexpression de la protéine mais pas toujours une amplification du gène contrôlant cette protéine.
La technique de FISH est spécifique de l'amplification et a l'avantage de montrer les cellules tumorales porteuses de l'amplification, cellules parfois intriquées à de nombreuses cellules non tumorales, par exemple, inflammatoires chroniques. Cependant, cette technique ne donne des résultats que dans 80 % des cas du fait de résultats ininterprétables liés à une fixation non contrôlée.
La PCR quantitative permet elle aussi de détecter une amplification de ces gènes à partir de tissu fixé et inclus en paraffine. Elle a l'inconvénient de mélanger l'ensemble des cellules tumorales et non tumorales et de donner une moyenne de nombre de copies de gènes. Elle peut de ce fait être faussement négative lorsque les cellules tumorales sont minoritaires par rapport aux cellules réactionnelles.
Cette recherche d'amplification de MDM2 et CDK4 est importante au niveau des tumeurs du rétropéritoine qui correspondent souvent à des liposarcomes bien différenciés ou dédifférenciés. Elle est particulièrement utile en cas de sarcomes peu différenciés à cellules fusiformes ou pléomorphes autrefois étiquetés histiocytofibromes malins pléomorphes et qui correspondent, le plus souvent au niveau du rétropéritoine, à la composante dédifférenciée d'un liposarcome (9, 11). Certains sarcomes à différenciation musculaire lisse ou striée, également situés dans le rétropéritoine, correspondent aussi à des liposarcomes dédifférenciés.
La technique est également utile pour distinguer un liposarcome bien différencié lipoma-like d'un lipome remanié ou d'une variante atypique de lipome.

 

RÉFÉRENCES

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2. ANTONESCU CR, ARGANI P, ERLANDSON RA, HEALEY JH, LADANYI M, HUVOS AG. Skeletal and extraskeletal myxoid chondrosarcoma: a comparative clinicopathologic, ultrastructural, and molecular study. Cancer 1998, 83, 1504-21.
3. ANTONESCU CR, ELAHI A, HUMPHREY M, LUI Y M, HEALY JH, BRENNAN MF, WOODRUFF JM, JHANWAR SC, LADANYI M : Specific of TLS-CHOP rearrangement for classic myxoid/round cell liposarcoma. Absence in predominantly myxoid well-differentiated liposarcomas. J Mol Diag 2000, 2, 132-8.
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