| |
L'apport des techniques spéciales dans le
domaine des tumeurs des tissus mous est surtout d'ordre diagnostique :
" par l'élimination formelle des autres catégories
de tumeurs
" par la mise en évidence de marqueurs spécifiques
(à un degré variable) de certaines lignes de différenciation.
Dans le domaine du pronostic, l'apport des techniques spéciales
est encore en cours d'évaluation.
Les principales clés du diagnostic d'une tumeur des tissus mous
sont l'âge du malade, le siège et la taille de la tumeur,
et surtout son aspect histologique après coloration à l'HES.
Au terme de cet examen, soit le diagnostic est fermement établi,
soit le pathologiste est déjà éclairé sur
la nature bénigne ou maligne de la tumeur et peut , au minimum,
la classer dans l'une des grandes catégories morphologiques : tumeur
à cellules fusiformes, tumeur myxoïde, tumeur à cellules
rondes
Dans un certain nombre de situations, des techniques complémentaires
doivent être mises en uvre pour préciser le diagnostic.
Ces techniques sont destinées à compléter et non
à remplacer l'examen histologique standard ; elles doivent toujours
être interprétées dans un contexte morphologique et
clinique.
Il convient de distinguer d'emblée les techniques pouvant être
mises en uvre en routine (les colorations spéciales, la plupart
des colorations immunohistochimiques) de celles qui ne peuvent être
mises uvre que dans un laboratoire spécialisé ou dans
un centre de référence (microscopie électronique,
cytogénétique, biologie moléculaire) et pour lesquelles
le pathologiste devra, en règle, transmettre le matériel.
I - COLORATIONS SPECIALES (16)
Parmi les nombreuses colorations spéciales
disponibles, peu sont utiles en pratique. Quelques unes cependant peuvent,
dans des situations précises, apporter un argument décisif
en faveur d'un diagnostic et, à ce titre, il ne faut pas hésiter
à s'en servir.
- Les colorations des graisses (noir soudan,
huile rouge) sont inutiles et peuvent être abandonnées car
elles manquent totalement de spécificité : les lipides ainsi
détectés peuvent être des produits élaborés
par la cellule mais peuvent aussi correspondre à des produits de
désintégration ou à du matériel phagocyté.
- La coloration de PAS permettant la mise
en évidence du glycogène sous forme de grains rouges intra-cytoplasmiques
(disparaissant avec la coloration de PAS diastase) est une coloration
utile.
En effet, certaines tumeurs contiennent habituellement du glycogène
alors que d'autres en sont habituellement dépourvues (tableau I).
Ainsi devant une tumeur maligne pléomorphe la présence de
glycogène permet pratiquement d'éliminer un histiocytofibrome
malin et l'on s'orientera alors plutôt vers le diagnostic de carcinome,
voire de mélanome, que l'examen immunohistochimique permet en règle
générale d'identifier.
Devant une tumeur à cellules rondes la présence de glycogène
élimine pratiquement le diagnostic de neuroblastome et constitue
un bon argument en faveur du diagnostic de sarcome d'Ewing.
Devant une tumeur à cellules fusiformes, la présence de
glycogène oriente vers le diagnostic de léiomyosarcome plutôt
que vers le diagnostic de schwannome malin.
La présence de cristaux PAS positifs, résistant à
la diastase, est une des caractéristiques du sarcome alvéolaire
des parties molles.
Tableau I : Tumeurs des tissus mous et glycogène
| HABITUELLEMENT + |
VARIABLE |
HABITUELLEMENT - |
| Rhabdomyosarcome |
Léiomyosarcome |
Histiocytofibrome malin |
| Sarcome d'Ewing |
Liposarcome |
Fibrosarcome |
| Chondrosarcome |
Sarcome épithélioïde |
Synovialosarcome |
| S. à cellules claires |
Angiosarcome |
Schwannome malin |
| S. alvéolaire des P.M |
Carcinome |
Neuroblastome |
| |
Mélanome |
|
- La coloration du Bleu Alcian permet la
mise en évidence de mucine qui définit les tumeurs myxoïdes.
Au niveau des tumeurs des tissus mous, l'utilisation combinée du
bleu alcian seul et après hyaluronidase permet de séparer
les tumeurs myxoïdes cartilagineuses (qui contiennent des glycosaminoglycanes
sulfatés) des tumeurs myxoïdes non cartilagineuses, les plus
nombreuses qui sont constituées d'acide hyaluronique (Tableau II).
Cette caractéristique n'est toutefois pas propre aux tumeurs cartilagineuses
et se retrouve également dans les carcinomes muco-sécrétants.
La coloration au bleu alcian peut également être utile pour
distinguer les lipoblastes authentiques (bleu alcian -) de cellules vacuolisées
pseudo-lipoblastiques (bleu alcian +).
Tableau II : Tumeurs des tissus mous et mucines
| |
BLEU ALCIAN |
BLEU ALCIAN APRES
HYALURONIDASE |
T. myxoïdes cartilagineuses
(ex : chondrosarcome myxoïde) |
+ |
+ |
T.myxoïdes non cartilagineuses
(ex : Liposarcome)
|
+ |
- |
- La coloration de Fontana permettant la
mise en évidence de mélanine peut être très
utile car elle permet de limiter les hypothèses diagnostiques.
Les tumeurs avec dépôts de mélanine observées
au niveau des tissus mous, sont indiquées dans le tableau III.
Tableau III : Tumeurs des tissus mous et mélanine
Mélanome malin
Naevus bleu cellulaire
Sarcome à cellules claires
Neurofibrome pigmenté
Ganglioneurome pigmenté
Schwannome mélanotique
Dermatofibrosarcome pigmenté (T. de Bednar)
Progonome mélanotique
- Les colorations d'imprégnation argentique de la trame de réticuline sont en pratique utiles dans deux circonstances.
Elles aident au diagnostic de synovialosarcome en soulignant une composante
d'aspect épithélial même minime. Elles sont également
utiles dans le diagnostic des tumeurs vasculaires.
- Le trichrome de Masson peut aider au diagnostic
de tumeurs musculaires en mettant en évidence les striations longitudinales
des léiomyosarcomes et transversales des rhabdomyosarcomes.
- La coloration de Perls peut contribuer
au diagnostic de sarcome de Kaposi en mettant en évidence des dépôts
d'hémosidérine.
II - IMMUNOHISTOCHIMIE (6,11,17,20,41,47,57)
Grâce au nombre croissant d'anticorps de bonne
qualité disponibles, l'immunohistochimie (IHC) constitue un réel
progrès dans le diagnostic des tumeurs des tissus mous.
Nous n'envisagerons ici que l'IHC réalisée sur tissus fixés
de manière conventionnelle et inclus en paraffine avec des anticorps
mono ou polyclonaux commercialisés. Les méthodes immunoenzymatiques
(en particulier immunopéroxydases utilisant soit la technique péroxydase-antipéroxydase,
soit la technique en avidine-biotine) sont en règle utilisées.
Les méthodes de restauration antigénique par prétraitement
enzymatique et surtout par la chaleur en ambiance humide (par four à
micro-ondes ou autocuiseur) sont de plus en plus employées et augmentent
considérablement la sensibilité de la technique pour la
plupart des anticorps utilisés.
L'IHC ne peut être utile que sous certaines
conditions d'utilisation :
- elle doit être considérée
comme un complément de la morphologie,
- la technique doit être d'excellente qualité,
- il faut faire une batterie de marqueurs,
- l'interprétation doit être rigoureuse.
A - LES MARQUEURS UTILES :
Les anticorps disponibles sont maintenant nombreux et de bonne qualité.
Les plus utiles au diagnostic sont indiqués dans le tableau IV
.
Tableau IV : Anticorps les plus utiles au diagnostic des tumeurs des tissus
mous
| Anticorps |
Clone |
Provenance |
Commentaires |
| Cytokératine (M) |
KL1 |
Immunotech |
Différenciation épithéliale |
| EMA (M) |
E29 |
Dako |
(synovialo-sarcome, sarcome épithélioïde) |
| Protéine S100 (P) |
|
Dako |
Marqueur des cellules de Schwann,
des chondrocytes, adipocytes, mélanocytes |
| HMB45 (M) |
HMB45 |
Dako |
Différenciation mélanocytaire |
| CD45 (M) |
2B11PD7/26 |
Dako |
Différenciation lymphoïde |
| Desmine (M) |
D33 |
Dako |
Différenciation musculaire |
| Actine musc.lisse (M) |
1A4 |
Sigma |
Différenciation musculaire
lisse |
| Myogénine (M) |
F5D |
Dako |
Différenciation musculaire
striée |
| Facteur VIII (P) |
|
Dako |
Différenciation endothéliale |
| CD34 (M) |
QBEND10 |
Immunotech |
Différenciation
endothéliale |
| CD 31 (M) |
1C/70A |
Dako |
Différenciation endothéliale |
| MIC2 (CD99) (M) |
1ZE7 |
Dako |
Marqueur du sarcome d'Ewing |
| PGM1 (CD68) |
PGM1 |
Dako |
Marqueur des histiocytes |
| Chromogranine A(M) |
DAK.A3 |
Dako |
Marqueur neuro-endocrine |
(*) M = monoclonal, P = polyclonal
Devant une tumeur des tissus mous posant un problème diagnostique
le pathologiste doit, pour bénéficier au mieux de l'aide
apportée par l'IHC, respecter des règles d'indication et
d'interprétation, et connaître les positivités attendues
en fonction des anticorps utilisés.
B - LES NOUVEAUX ANTICORPS
(11) :
- De nouveaux anticorps récemment commercialisés
peuvent être très utiles et, dans certaines situations,
doivent être intégrés au panel de base pour le diagnostic
des tumeurs des tissus mous.
1. Anticorps utiles :
Myogénine : il s'agit d'un facteur de transcription musculaire
striée dont la protéine appartient à la famille
des Myo-D. Cette protéine est exprimée au stade précoce
de la différenciation musculaire striée avant la desmine
et l'actine. Cet anticorps est sensible et spécifique pour le
diagnostic des rhabdomyosarcomes avec une positivité dans
90% des cas et semble de meilleure qualité que le Myo D1. La
myogénine est aussi utile dans la distinction entre la forme
embryonnaire et alvéolaire puisque dans cette tumeur plus de
50 % des cellules sont marquées contrairement aux autres types
de rhabdomyosarcomes (7,37).
- CD117 ou c-kit : le CD117 correspond à
la protéine codée par le proto-oncogène c-kit.
Cette protéine correspond à un récepteur trans-membranaire
qui a une activité tyrosine kinase lorsqu'il est activé.
Elle est normalement exprimée par les mastocytes, les mélanocytes,
les cellules germinales, différents types de cellules hématopoïétiques
et les cellules interstitielles de Cajal du tractus digestif. Le CD117
est exprimé dans environ 90 % des tumeurs stromales du tube digestif
et permet actuellement de prédire une bonne réponse au
traitement par le STI571 dans les tumeurs stromales malignes digestives.
Il est positif dans les mastocytoses, les mélanomes, séminomes
et angiosarcomes (53).
- H-caldesmone : c'est une protéine
de haut poids moléculaire impliquée dans la contraction
des cellules musculaires lisses. Elle est positive dans les tumeurs
musculaires lisses bénignes et malignes, les tumeurs glomiques,
les angiomyolipomes et les tumeurs stromales digestives. Elle est
négative dans les rhabdomyosarcomes, les tumeurs myofibroblastiques
et desmoïdes ce qui constitue un argument supplémentaire
dans le diagnostic de tumeur musculaire lisses (5,43).
- HHV8 (Human herpes virus de type 8 ) :
ce type de virus est constamment impliqué dans les sarcomes de
kaposi et dans de rares proliférations lymphoïdes
(lymphomes des séreuses et maladie de Castleman). L'utilisation
de l'anticorps anti-HHV8 sur coupes en paraffine permet d'affirmer le
diagnostic de kaposi. Il se caractérise par une positivité
nucléaire granuleuse au niveau des cellules tumorales. Il s'agit
d'un anticorps spécifique et relativement sensible, même
dans les formes de début de Kaposi (12).
- Fli-1 : cette protéine est exprimée
par la partie carboxyterminale du gène Fli-1 du chromosome 11
impliqué dans la translocation t (11 ;22) du sarcome d'Ewing.
Il s'agit d'un facteur de transcription nucléaire qui donne une
positivité nucléaire au niveau des petits lymphocytes
et des cellules endothéliales. Il est positif dans 70 à
80 % des PNET et s'avère plus spécifique que le CD99
(22). Les lymphomes lymphoblastiques sont aussi positifs. Il
a aussi un intérêt dans le diagnostic des tumeurs vasculaires
bénignes et malignes, en particulier de forme épithélioïde.
En effet, il est retrouvé dans 94 % des tumeurs vasculaires tandis
que les mélanomes, carcinomes et différents sarcomes sont
négatifs (21).
2. Les autres anticorps récents :
- le Bcl2 , le WT1, les cadhérines et le
Mdm2 sont des anticorps moins ou peu spécifiques. Dans certains
cas ils peuvent cependant constituer un élément supplémentaire
au diagnostic. Le WT1 (produit du gène suppresseur de
la tumeur de Wilm) est positif dans 100 % des tumeurs desmoplasiques
à cellules rondes qui sont caractérisées par la
translocation EWS-WT1 (26) mais ce marqueur est aussi positif dans les
néphroblastomes, les mésothéliomes et certains
carcinomes. Il est négatif dans les PNET, les rhabdomyosarcomes
et les neuroblastomes. Le Mdm2, proto-oncogène inhibiteur
de la protéine p53, qui est amplifié dans 20 % des sarcomes
et particulièrement dans les liposarcomes dédifférenciés,
peut être détectés par immunohistochimie. Cet anticorps
peut être utile dans la distinction entre un lipome et un liposarcome
et aussi dans l'identification des liposarcomes dédifférenciés
(49).
C - REGLES D'INDICATIONS
1. Choisir le ou éventuellement les niveaux
de coupe à soumettre à l'IHC : il faut sélectionner
la section où la tumeur est bien représentée et morphologiquement
bien conservée avec si possible, présence de témoins
internes positifs et négatifs pour les anticorps utilisés.
2. Choisir les anticorps à utiliser, ceci
en fonction des diagnostics possibles. Il est nécessaire d'utiliser
plusieurs marqueurs, ce qui permet d'obtenir des arguments pour et contre
chaque hypothèse diagnostique. Ainsi, devant une tumeur maligne
totalement indifférenciée des tissus mous, il est recommandé
d'effectuer, dans un premier temps, les antipanleucocytaires (si l'hypothèse
d'un lymphome malin ne peut être exclue sur l'aspect morphologique),
cytokératine, EMA, protéine S100, HMB45, vimentine.
D - REGLES D'INTERPRETATION
- 1. L'analyse des témoins internes
positifs et négatifs est primordiale et doit toujours constituer
l'étape préalable à l'interprétation d'un
immunomarquage sur lames. Elle permet de juger de la bonne qualité
technique et en particulier de la qualité de la fixation.
Une fausse négativité des témoins positifs internes
peut être due à une mauvaise fixation.
La fixation (formol ou Bouin) doit être de l'ordre de 12 à
48 h suivant la taille des fragments. Si elle a dépassé
48 h, une altération des sites antigéniques peut
être observée. Un prétraitement par la chaleur en
tampon citraté (micro-ondes ou autocuiseur) permet alors habituellement
de démasquer ces sites antigéniques. Ce prétraitement
par la chaleur est de plus en plus systématiquement utilisé
pour la plupart des anticorps. Il doit être effectué sur
lames prétraitées, par exemple par le silane. Un raccourcissement
du temps de fixation (moins de 12 h, en particulier pour des
fragments d'une certaine taille) altère également les
résultats de l'IHC en donnant de faux négatifs. Si une
sur-fixation peut être corrigée par un prétraitement
adéquat, une sous-fixation est en général irréversible.
En règle générale le temps de fixation est mal
apprécié. L'utilisation d'un contrôle interne se
révèle alors essentiel. Seul un contrôle interne
positif permet de prendre en compte un immunomarquage négatif.
Le choix de l'anticorps anti-vimentine comme contrôle interne
de positivité est recommandé (4).
Si le marquage de la vimentine est hétérogène,
certaines zones étant fortement positives, d'autres négatives,
ceci indique une conservation inégale des sites antigéniques
dont il faut tenir compte pour l'interprétation des autres marquages.
La présence d'un bruit de fond (fausse positivité des
témoins internes négatifs) est en règle liée
à un problème technique (mauvais fixateur, coupes trop
épaisses, durée d'application et/ou concentration de l'Ac
trop importantes...). Dans cette situation, il faut refuser toute interprétation
et refaire, si on le peut, la technique dans de meilleures conditions.
2. Il convient de connaître certains artéfacts à
ne pas prendre pour un résultat positif :
- Existence de plages arrondies et très
localisées où tout est faussement positif (cellules
et substances intercellulaires).
- Présence de noyaux faussement positifs avec des anticorps
ne marquant normalement pas les noyaux.
- 3. Certains pièges d'interprétation
doivent être connus :
- Il est en général facile de
ne pas confondre un dépôt de pigments (hémosidérine,
mélanine ...) intracellulaire avec un marquage positif. En
cas de doute, un nouvel examen de l'HES et d'une coloration spécifique
du pigment permet de trancher.
- L'infiltration et la dissociation d'un tissu normal positif par
la tumeur négative ne doivent pas être interprétées
comme un résultat positif. Le cas le plus fréquent est
celui du muscle strié infiltré par une tumeur. Des fibres
musculaires isolées et atrophiques positives avec l'anti-desmine
ne doivent pas être prises pour des cellules tumorales. L'examen
à un faible grossissement montrant un phénomène
de zone constitue un bon argument en faveur de cellules normales résiduelles.
Dans la même situation, il a été observé
des cellules tumorales positives par phagocytose de la desmine.
- L'infiltration de la tumeur négative par des cellules non
tumorales positives peut également poser des problèmes
d'interprétation. C'est le cas de tumeurs cutanées infiltrées
par des cellules de Langerhans réactionnelles positives avec
l'antiprotéine S100.
- 4. Il faut connaître la topographie intracellulaire
du marquage des différents anticorps utilisés : marquage
membranaire pour les antipanleucocytaire, EMA, MIC2 et souvent CD31
; marquage cytoplasmique pour les autres marqueurs et parfois l'anti-EMA.
L'antiprotéine S100 donne habituellement un marquage nucléaire
associé au marquage cytoplasmique. Certains marqueurs cytoplasmiques,
tels l'HMB45 et la chromogranine, donnent un marquage granulaire.
- 5. L'emploi d'une batterie d'anticorps doit conduire
à des résultats cohérents : toute faille à
cette règle doit faire mettre en doute la technique.
- 6. Il faut connaître la possibilité
de positivités inattendues de certains anticorps et avoir
une idée de la sensibilité et de la spécificité
de ces anticorps.
Certaines positivités sont variées comme avec l'anticytokératine
(tableau V) et l'antiprotéine S100 (tableau VI). L'antivimentine
est positive au niveau de la plupart des tumeurs conjonctives mais également
au niveau des mélanomes, des mésothéliomes, de
certains lymphomes non hodgkiniens et d'un grand nombre de carcinomes
tels les adénocarcinomes du rein, de la thyroïde, des glandes
salivaires, du poumon, de l'endomètre et du sein. Les carcinomes
d'aspect sarcomateux sont habituellement positifs pour l'anti-vimentine.
L'anti-actine musculaire lisse de type et l'anti-actine musculaire globale
ou HHF35 sont également des marqueurs relativement peu spécifiques.
Ils sont positifs au niveau des tumeurs musculaires lisses, surtout
bénignes, des lésions et tumeurs contenant des myofibroblastes,
mais également au niveau de certains histiocytofibromes bénins
ou malins, de sarcomes indifférenciés et même de
carcinomes indifférenciés. Le CD34 est également
positif dans d'assez nombreuses lésions (tableau VII). Le CD
99 (MIC2) est un marqueur très sensible du sarcome d'Ewing et
des PNET mais il marque également les lymphomes lymphoblastiques,
des thymomes, certains rhabdomyosarcomes, certains carcinomes neuro-endocrines,
des tumeurs fibreuses solitaires, des chondrosarcomes mésenchymateux
et près de 50 % des synovialosarcomes monophasiques (23) (tableau
VIII). D'autres anticorps sont plus spécifiques comme l'antipanleucocytaire
(tumeurs lymphoïdes) ou l'antidesmine (tumeurs musculaires lisses
et striées).
Cette liste des positivités attendues en fonction des anticorps
n'est cependant pas limitative. Ainsi, les anticytokératines
et la protéine S100 peuvent parfois être positives avec
d'autres tumeurs (tableaux V et VI). Ces positivités inattendues
ne doivent pas remettre en cause la valeur de l'IHC mais ils montrent
bien qu'un anticorps positif, pris isolément, a peu de valeur.
Dans tous les cas, les éléments qui permettent de conclure
sont les données cliniques, la morphologie de la tumeur (HES
et éventuellement colorations spéciales) et le résultat
d'une batterie de marqueurs.
Tableau V : Tumeurs des tissus
mous et cytokératine
|
Positivités attendues
|
|
Positivités inattendues |
|
| |
Tumeur épithéliale
|
|
Léiomyosarcome |
|
| |
Mésothéliome |
|
Rhabdomyosarcome |
|
| |
Chordome |
|
Sarcome d'Ewing |
|
| |
Synovialosarcome |
|
Liposarcome |
|
| |
Sarcome épithélioïde
|
|
Histiocytofibrome malin |
|
| |
T. desmoplastique à petites
cellules rondes |
|
Sarcomes vasculaires épithélioïdes |
|
| |
Tumeur rhabdoïde maligne |
|
Schwannome malin |
|
| |
|
|
|
|
Tableau VI : Tumeurs des tissus
mous et protéine S100
|
Positivités attendues
|
|
Positivités inattendues |
|
| |
Tumeurs mélaniques |
|
Rhabdomyosarcome |
|
| |
Certaines tumeurs épithéliales
|
|
Léiomyosarcome |
|
| |
Chordome |
|
Histiocytofibrome malin |
|
| |
Histiocytose X |
|
Synovialosarcome |
|
| |
Tumeurs des nerfs périphériques |
|
Sarcome d'Ewing |
|
| |
Sarcome à cellules claires
|
|
Tumeur desmoïde |
|
| |
Tumeurs cartilagineuses |
|
|
|
| |
Tumeurs adipeuses différenciées |
|
|
|
Tableau VII : Tumeurs des tissus
mous et CD34
| |
o Tumeurs vasculaires |
|
| |
o Dermatofibrosarcome de Darier-Ferrand
|
|
| |
o Tumeur fibreuse solitaire |
|
| |
o Lipome à cellules fusiformes
et/ou pléomorphes |
|
| |
o Tumeur stromale du tube digestif |
|
| |
o Neurofibrome |
|
| |
o Hémangiopéricytome |
|
| |
o Sarcome épithélioïde |
|
| |
o Tumeur maligne des nerfs périphériques
|
|
| |
o Léiomyosarcome |
|
| |
o Méningiome |
|
| |
|
|
Tableau VIII : Tumeurs des tissus mous et CD 99
| |
Sarcome d'Ewing - PNET |
|
| |
Synovialosarcome |
|
| |
Chondrosarcome mésenchymateux |
|
| |
Tumeur fibreuse solitaire |
|
| |
Thymome |
|
| |
Carcinome neuro-endocrine |
|
| |
Lymphome lymphoblastique - sarcome
granulocytaire |
|
E - INTERET PRATIQUE DE L'IMMUNOHISTOCHIMIE
(8, 51)
En pratique, l'IHC peut être utile dans 3
circonstances :
- pour identifier une lésion bénigne
d'aspect atypique ou rare ;
- pour identifier la nature sarcomateuse ou non d'une tumeur maligne indifférenciée
;
- pour classer un sarcome.
1. Identification d'une lésion bénigne atypique ou rare
L'IHC ne contribue qu'exceptionnellement au diagnostic
de bénignité ou de malignité d'une lésion.
Elle peut cependant apporter un argument décisif pour le diagnostic
de certaines lésions bénignes. Il convient de bien connaître
ces cas.
- 1.1. Tumeurs bénignes des nerfs périphériques
Certaines de ces tumeurs sont rares (tumeur à cellules granuleuses)
ou atypiques (tumeur à prédominance myxoïde, tumeur
avec dystrophies nucléaires importantes, tumeur très cellulaire).
Certaines, comme le schwannome cellulaire (65) ou le schwannome avec
dystrophies nucléaires importantes peuvent être prises
à tort pour un sarcome.
Dans le schwannome, la protéine S100 est en règle fortement
positive au niveau de la majorité des cellules tumorales (64,
65). Ce type de positivité peut constituer un argument décisif
pour le diagnostic de bénignité. Dans les tumeurs malignes
des gaines des nerfs périphériques, la positivité
intéresse habituellement une partie seulement des cellules tumorales.
- 1.2. Lésions de nature histiocytaire
Il peut s'agir d'un infiltrat de nature réactionnelle, d'une
lésion de surcharge, d'un xanthogranulome juvénile ou
d'une tumeur à cellules géantes des gaines et tendons.
Certaines de ces lésions peuvent être de diagnostic difficile
car atypiques. C'est le cas par exemple de la tumeur à cellules
géantes des gaines et tendons dans sa forme diffuse, constituée
d'éléments mononucléés relativement monomorphes.
Les cellules de nature histiocytaire bénigne sont en règle
fortement positives avec le CD68 (PGM1) (18).
- 1.3. Tumeurs rares
Certaines tumeurs rares que l'on peut observer au niveau des tissus
mous ont un profil immunohistochimique particulier.
1.3.1. Paragangliome (1, 35, 66)
Les cellules principales sont positives pour la chromogranine A
et les cellules sus-tentaculaires qui entourent les îlots
de cellules principales sont positives pour la protéine S100.
Les marqueurs épithéliaux sont négatifs. Le
caractère organisé de la tumeur, avec présence
de cellules protéine S100 positives entourant les cellules
principales, constitue un bon argument pour la bénignité
de la tumeur.
1.3.2. Tumeur glomique(14)
Les cellules sont positives pour les anti-vimentine et actine musculaire
lisse alpha l'h-caldesmone et le collagène IV.
1.3.3 Angiomyolipome (40)
Dans les formes atypiques d'angiomyolipomes avec une composante
musculaire lisse prédominante , riche en atypies nucléaires,
ou à cellules épithélioïdes, l'immunohistochimie
peut être décisive dans le diagnostic en mettant en
évidence une expression des cellules tumorales pour les marqueurs
mélanocytaires HMB45, Melan-A et les marqueurs musculaires
lisses, actine musculaire lisse, h- caldesmone.
1.3.4. Tumeur fibreuse solitaire
Cette tumeur, initialement décrite au niveau des séreuses
(plèvres), peut s'observer au niveau des tissus mous. Elle
peut être confondue avec un sarcome à cellules fusiformes,
en particulier un synovialosarcome. Elle exprime fortement le CD34
et le plus souvent le CD99 et le Bcl2, tandis que le CD34 (27,51,56)
est toujours négatif dans le synovialosarcome.
1.3.5. Myoépithéliome
Le myoépithéliome des tissus mous peut-être
confondu avec un sarcome, principalement un chondrosarcome myxoïde
extra squelettique. La positivité de cette tumeur pour la
cytokératine, l'EMA et la PS100 permet de faire le diagnostic
(34).
- 1.4. Lésions constituées de
myofibroblastes
Certaines lésions des tissus mous sont spécifiquement
constituées de myofibroblastes : fasciite pseudo-sarcomateuse
(45), myosite proliférative et ossifiante, fibromatose, myofibromatose
infantile et myofibroblastome (palissadique intra-ganglionnaire, du
sein) (32,63) ; d'autres sont riches en myofibroblastes comme les pseudo-tumeurs
inflammatoires.
Le profil immunohistochimique du myofibroblaste en pathologie est variable
(50) : positivité habituelle pour les anticorps dirigés
contre la vimentine et l'actine musculaire lisse alpha et plus rarement
contre la desmine. L'H-caldesmone est négative.
Il convient cependant d'être très prudent dans l'utilisation
de l'IHC pour le diagnostic de ces lésions et ceci pour deux
raisons :- des lésions, en particulier
tumorales malignes, peuvent comporter des myofibroblastes
- le profil immunohistochimique rapporté, et en particulier la
positivité pour l'actine musculaire lisse alpha, n'est pas spécifique
du myofibroblaste et peut s'observer au niveau de différentes
cellules tumorales (31,54). C'est le cas du léiomyosarcome mais
également de certains histiocytofibromes malins, fibrosarcomes,
sarcomes indifférenciés. Certaines tumeurs malignes indifférenciées,
comme des carcinomes indifférenciés, expriment également
l'actine musculaire lisse alpha.
- 1.5. Intérêt et limite des marqueurs
de prolifération
Certains de ces marqueurs, comme le Mib-1 (Ki67), sont utilisables sur
coupes de tissu fixé et inclus en paraffine. Ils peuvent théoriquement
être utiles pour aider à déterminer le degré
de malignité de certaines tumeurs, comme les tumeurs stromales
du tube digestif (24,67). Ils doivent cependant être considérés
comme en cours d'évaluation et utilisés avec une grande
prudence, des lésions bénignes réactionnelles pouvant
s'avérer beaucoup plus prolifératives que des tumeurs
malignes (cas des fasciites et lésions apparentées).
Indépendamment de sa valeur diagnostique discutable, le marqueur
de prolifération Ki67 semble posséder, dans plusieurs
séries de la littérature (30), un intérêt
pronostique propre.
2. Identification de la nature sarcomateuse ou
non d'une tumeur maligne indifférenciée
Devant une tumeur manifestement maligne siégeant
au niveau des tissus mous, avant d'essayer de définir le type de
sarcome dont il s'agit, il faut avoir formellement éliminé
les tumeurs malignes d'autre nature. En effet, les sarcomes sont des tumeurs
rares et les carcinomes, lymphomes et mélanomes sont plus fréquents
et peuvent se présenter comme une tumeur primitive des tissus mous.
Il conviendra particulièrement de se méfier
dans trois circonstances :
- lorsqu'il existe un antécédent de
tumeur maligne non sarcomateuse,
- s'il s'agit d'une tumeur de siège particulier : peau ou muqueuse,
surtout s'il existe une ulcération, aires ganglionnaires (inguinale,
axillaire, rétropéritonéale), près ou au niveau
de certains organes (rein, thyroïde, sein, poumon),
- s'il s'agit d'une tumeur maligne morphologiquement inclassable, qu'elle
soit à cellules fusiformes, pléomorphes ou rondes, ou si
son aspect est celui d'un histiocytofibrome malin, d'un fibrosarcome ou
d'un hémangiopéricytome malin. En effet, ces types architecturaux
ne sont pas spécifiques d'un type histogénétique
de sarcome et peuvent se rencontrer dans un carcinome ou éventuellement
un mélanome malin.
Les arguments à rechercher pour éliminer
une tumeur maligne non conjonctive sont de trois ordres :
- antécédent de tumeur maligne et,
s'il y a eu un prélèvement précédent, ne
pas hésiter à l'examiner pour le comparer à la
tumeur actuelle ;
- examen histologique soigneux de la tumeur après échantillonnage
correct afin de retrouver une composante épithéliale ou
mélanique typique ;
- utilisation de techniques spéciales, en particulier de l'immunohistochimie.
L'IHC est ici d'une grande utilité et permet habituellement d'identifier
un carcinome (cytokératine et EMA positifs), un mélanome
(vimentine, protéine S100 et HMB45, Melan-A positifs), un lymphome
(CD45 positif) ou un sarcome (vimentine positive). Certains cas restent
cependant d'interprétation difficile du fait de carcinomes positifs
pour la vimentine et de sarcomes positifs pour les marqueurs épithéliaux.
Dans ces cas, c'est sur un ensemble d'arguments cliniques, morphologiques
(HES) et immunohistochimiques que l'on pourra conclure.
3. Classification d'un sarcome
Dans cette situation, l'IHC est surtout utile pour
confirmer un type de sarcome suspecté sur la morphologie, mais
est en pratique rarement utile devant un sarcome totalement indifférencié.
La contribution de l'IHC à la classification d'un sarcome dépend
du type histologique envisagé.
- 3.1. Types histologiques pour lesquels l'IHC
est assez souvent décisive
Il s'agit des rhabdomyosarcomes, tumeurs stromales du tube digestif,
synovialosarcomes, sarcomes vasculaires et certains sarcomes rares (sarcome
épithélioïde, sarcome à cellules claires des
gaines et tendons, sarcome d'Ewing, neuro-épithéliome,
tumeur intra-abdominale desmoplastique à petites cellules rondes,
tumeur rhabdoïde maligne et dermatofibrosarcome de Darier et Ferrand).
-
- 3.1.1. Rhabdomyosarcomes
(47,50,59)
Nous utilisons en pratique quatre marqueurs musculaires : desmine,
actine musculaire lisse alpha, actine musculaire globale ou HHF35,
ainsi que la myogénine. D'autres marqueurs comme l'actine
sarcomérique, le myo-D et la myosine sont en cours d'évaluation.
Le profil immunohistochimique des tumeurs musculaires striées
et lisses est indiqué dans le tableau VIII.
Le marqueur le plus utile pour le diagnostic de rhabdomyosarcome
sont la desmine et la myogénine qui sont positives dans environ
90 % de ces tumeurs (7,37). La desmine n'est pas spécifique
d'une différenciation musculaire striée mais sa positivité,
dans un sarcome à cellules rondes développé
chez un jeune, constitue un argument décisif pour le diagnostic.
De récentes études montrent que la myogénine
se révèle aussi très utile pour identifier,
parmi les tumeurs à cellules rondes de l'enfant, les rhabdomyosarcomes.
Elle donne un marquage nucléaire et s'avère beaucoup
plus sensible et spécifique que la myoglobine (60), principalement
dans les formes alvéolaires. Elle n'est pas exprimée
dans le muscle lisse et ses tumeurs, ni dans le muscle strié
normal.
Tableau VIII : Sarcomes musculaires
et immunohistochimie
| |
|
Desmine |
HHF 35 (*) |
AML (**) |
Myogénine |
|
| |
Rhabdomyosarcome |
+ |
+ |
- |
+/- |
|
| |
Léiomyosarcome |
+/- |
+/- |
+/- |
- |
|
| |
|
|
|
|
|
|
(*) Actine musculaire globale
(**) Actine musculaire lisse alpha
L'actine musculaire globale ou HHF35 est, dans l'ensemble, d'une sensibilité
équivalente à la desmine dans les rhabdomyosarcomes.
Cependant, certains cas " desmine négative " peuvent
être positifs pour l'HHF35. Cette positivité constitue
un argument décisif pour le diagnostic de rhabdomyosarcome
lorsqu'il s'agit d'une tumeur à cellules rondes. Dans les tumeurs
à cellules fusiformes, l'HHF35 perd de sa spécificité
car il est habituellement positif au niveau des myofibroblastes.
L'actine musculaire lisse alpha est habituellement négative
dans les rhabdomyosarcomes. Cependant, quelques cellules tumorales
peuvent exprimer ce marqueur dans ce type de tumeur.
- 3.1.2. Tumeurs stromales gastro-intestinales
(GIST)
Ces tumeurs présentent, de manière caractéristique,
une positivité pour le CD117 ou c-kit, un récepteur
de la tyrosine-kinase exprimé normalement dans les cellules-souches
hématopoïétiques, les mastocytes, les cellules
germinales et les cellules interstitielles de Cajal du tractus gastro-intestinal.
Les tumeurs stromales du tube digestif sont fortement positives (53)
alors que les léiomyomes, léiomyosarcomes et schwannomes,
quel que soit leur siège, sont négatifs. Certains sarcomes
des tissus mous peuvent être positifs mais, actuellement, le
CD117 n'a pas de valeur diagnostique dans ce domaine.
Les GIST sont en outre fréquemment positives pour le CD34 et
l'h-caldesmone (43,44). Elles expriment de manière variable
d'autres marqueurs tels que l'actine musculaire lisse, la desmine
et la PS100.
- 3.1.3. Synovialosarcomes
C'est surtout dans le cadre des synovialosarcomes monophasiques à
cellules fusiformes que l'IHC est assez souvent déterminante
pour le diagnostic.
Les trois marqueurs utiles sont ici la cytokératine, en particulier
la cytokératine 7 et la pancytokératine AE1/AE3 (46),
l'EMA et le CD34.
Les marqueurs épithéliaux marquent des petits amas cellulaires
ou des cellules isolées. Ces cellules sont négatives
pour la vimentine qui marque toutes les autres cellules négatives
pour les marqueurs épithéliaux. L'EMA est un marqueur
très sensible qui est positif dans presque 100 % des cas mais
moins spécifique. Les cytokératines sont positives dans
70 % des synovialosarcomes monophasiques et 10-63 % des formes peu
différenciées, cette positivité est même
exigée par certains auteurs pour le diagnostic (40). Ces tumeurs
expriment aussi le CD99, le BcL2 et la PS100. Le CD34 est toujours
négatif.
- 3.1.4. Tumeurs vasculaires malignes
L'identification de la nature vasculaire d'une tumeur peut poser un
problème lorsqu'elle est constituée de cellules fusiformes
(angiosarcome à cellules fusiformes, sarcome de Kaposi) ou
de cellules épithélioïdes (angiosarcome épithélioïde,
hémangioendothéliome épithélioïde).
Tableau IX : Sarcomes vasculaires et immunohistochimie
| |
|
Angiosarcome |
S. de Kaposi |
Hémangioendothéliome
épithélioïde |
Autres
sarcomes |
Carcinomes |
| |
Cytokératine |
+/- |
- |
+/- |
+/- |
+ |
| |
EMA |
+/- |
- |
+/- |
+/- |
+ |
| |
CD31 |
+ |
+ |
+ |
- |
- |
| |
CD34 |
+ |
++ |
+ |
+/- |
- |
| |
Facteur VIII |
+/- |
+/- |
+/- |
- |
- |
| |
HHV8 |
- |
+ |
- |
- |
- |
| |
FLI-1 |
+ |
+ |
+ |
- |
- |
Dans cette situation, nous utilisons une batterie
de marqueurs : marqueurs vasculaires (CD31, CD34, facteur VIII), marqueurs
épithéliaux (cytokératine et EMA), vimentine
(Tableau IX).
Le CD31 apparaît actuellement comme le marqueur le plus sensible
et le plus spécifique d'une différenciation vasculaire
(13,42).
Le CD34 présente une bonne sensibilité, en particulier
dans les sarcomes de Kaposi (3), mais il peut être positif dans
d'autres tumeurs (tableau VII) (3, 42,44,51,58).
Le facteur VIII a une excellente spécificité pour les
cellules endothéliales mais il est par contre peu sensible
et il est surtout positif au niveau des tumeurs bien différenciées.
L'HHV8 est un marqueur très utile dans le diagnostic de sarcomes
de Kaposi. Il est très sensible et spécifique, même
dans les formes de début (12) et se caractérise par
une positivité nucléaire des cellules tumorales. Le
lymphome des séreuses et la maladie de Castleman expriment
également l'HHV8.
Récemment, un marquage pour la protéine FLI-1 (marqueur
du sarcome d'Ewing) a été mis en évidence au
niveau des cellules endothéliales normales et d'une majorité
(94 %) de tumeurs vasculaires (angiosarcomes, hémangiomes épithélioïdes,
sarcomes de Kaposi, hémangiomes) (21).
Les tumeurs vasculaires sont négatives avec les marqueurs épithéliaux
mais quelques cas d'hémangioendothéliomes épithélioïdes
et d'angiosarcomes épithélioïdes ont été
rapportés positifs pour ces marqueurs. Dans ces observations,
c'est la positivité des marqueurs endothéliaux spécifiques
et la microscopie électronique qui ont permis d'affirmer la
nature vasculaire de ces tumeurs (26).
- 3.1.5. Sarcomes rares
L'IHC est actuellement très utile et peut être indispensable
pour le diagnostic de certains sarcomes rares. Elle entre même
dans la définition de quelques-unes de ces tumeurs.
3.1.4.1. Sarcome épithéloïde
Cette tumeur coexprime de manière pratiquement constante
la vimentine, la cytokératine et l'EMA au niveau de toutes
les cellules tumorales (8,40). Le CD34, utilisé dans le
diagnostic des tumeurs vasculaires, est positif une fois sur deux
dans cette tumeur (40).
3.1.4.2. Sarcome à cellules claires
des gaines et tendons
Cette tumeur est maintenant considérée comme un
mélanome malin des tissus mous (9) avec un profil immunohistochimique
identique : positivité pour la vimentine, la protéine
S100 et l'HMB45, Melan-A (38).
3.1.4.3. Sarcome d'Ewing et neuro-épithéliome
(PNET) des tissus mous
Ces tumeurs sont maintenant considérées comme appartenant
au même groupe des tumeurs neuro-ectodermiques périphériques.
Outre la translocation entre les chromosomes 11 et 22, elles partagent
la même hyperexpression pour le gène MIC2. Cette
hyperexpression peut maintenant être mise en évidence
au niveau protéique à l'aide de l'anticorps MIC2.
La sensibilité de cet anticorps est de 95 % mais sa spécificité
est relative (2). Une positivité a ainsi été
rapportée dans les lymphomes lymphoblastiques, en particulier
T (51), dans des rhabdomyosarcomes embryonnaires (2,19), des tumeurs
neuroendocrines et des tumeurs d'autres natures (48,55).
Le nouveau marqueur FLI-1 est positif dans environ 70 % des sarcomes
d'Ewing mais n'est pas spécifique, un marquage étant
également observé dans les lymphomes lymphoblastiques
et les tumeurs desmoplasiques à petites cellules rondes
(22).
Par ailleurs, le sarcome d'Ewing et le neuroépithéliome
sont habituellement positifs pour la vimentine, parfois pour la
neurone spécifique énolase, la chromogranine, la
protéine S100, les neurofilaments et la cytokératine.
3.1.4.4. Tumeur intra-abdominale desmoplastique
à petites cellules rondes
Cette entité récemment décrite est définie
par sa localisation, son aspect morphologique et son profil immunohistochimique
(25).
Le profil immunohistochimique polyphénotypique est indispensable
au diagnostic : les cellules tumorales sont positives pour les
marqueurs épithéliaux (cytokératine et EMA),
la vimentine, la desmine, la neurone spécifique énolase
et le CD99. Elles sont négatives avec l'actine musculaire
lisse alpha, la myogénine et les cytokératines 20
et 5/6.
Par ailleurs ces tumeurs présentent
une translocation de type t (14,25) (p13 ; q12) avec un transcrit
de fusion des gènes du sarcome d'Ewing (EWS) et de la tumeur
de Wilms (WT1). Actuellement, la protéine de translocation
WT1, présente dans les tumeurs desmoplastiques à
petites cellules rondes, peut être détectée
par immunohistochimie avec l'anticorps WT1. Cet immunomarquage
n'a pas de spécificité diagnostique mais peut être
très utile pour leur distinction avec les autres tumeurs
à cellules rondes, Ewing, PNET qui sont négatifs
pour le WT1 (29).
3.1.4.5. Tumeur rhabdoïde maligne
(36)
Cette tumeur correspond plus vraisemblablement à un aspect
particulier commun à plusieurs types tumoraux plutôt
qu'à une entité définie.
L'IHC constitue l'un des critères du diagnostic : l'inclusion
intra-cytoplasmique caractéristique est positive pour les
marqueurs épithéliaux (cytokératine et EMA)
et la vimentine. La desmine et la myoglobine sont négatives.
3.1.4.6. Dermatofibrosarcome de Darier-Ferrand
et fibroblastome à cellules géantes (62)
Le CD34 est presque constamment positif au niveau de ces deux
tumeurs. Ce marqueur peut être très utile en cas
de problème diagnostique dans les formes atypiques de Darier-Ferrand
et permet, en pratique, de faire la distinction avec un histiocytofibrome
bénin qui est toujours négatif pour le CD34.
- 3.2. Types histologiques pour lesquels l'IHC
est parfois utile
Il s'agit du léiomyosarcome, de la tumeur maligne des gaines
des nerfs périphériques et du chondrosarcome.
-
- 3.2.1. Léiomyosarcome
Les marqueurs les plus utiles sont la desmine, l'actine musculaire
lisse alpha et l'h-caldesmone (50,59).
La desmine est le plus spécifique mais l'antigène
reconnu résiste mal à la fixation formolée
et moins de 50 % des cas de léiomyosarcomes sont positifs.
L'actine musculaire lisse alpha est plus sensible mais moins spécifique.
L'h-caldesmone, protéine intervenant dans la contraction
cellulaire est assez spécifique de la différenciation
musculaire lisse mais sa sensibilité dépend de la
localisation et du degré de différenciation des léïomyosarcomes.
Son utilisation apparaît aussi très intéressante
pour distinguer les tumeurs musculaires lisses des lésions
myofibroblastiques (5,6). Un autre marqueur musculaire lisse, la
calponine, est par contre peu spécifique, un immunomarquage
pour les myofibroblastes et les cellules myoépithéliales
étant observé.
En ce qui concerne les positivités " inattendues ",
il faut savoir que le léiomyosarcome présente une
positivité pour les cytokératines dans environ 40
% des cas.
- 3.2.2. Tumeur maligne des gaines des nerfs
périphériques
Le marqueur le plus utile est la protéine S100 qui cependant
n'est pas spécifique (Tableau VI) et est peu sensible : environ
50 % des cas sont positifs (64). Habituellement, seules quelques
cellules tumorales disséminées sont positives pour
la protéine S100. Ceci constitue un argument de diagnostic
différentiel avec le mélanome malin et les tumeurs
bénignes des nerfs périphériques.
- 3.2.3. Chondrosarcome
Le marqueur le plus utile est, là encore, la protéine
S100 qui est positive surtout dans les formes différenciées.
Le chondrosarcome myxoïde extra-squelettique est habituellement
positif pour la vimentine et inconstamment pour la protéine
S100 et en règle négatif pour les marqueurs épithéliaux.
Une positivité inattendue pour les marqueurs neuroendocrines
(chomogranine A, synaptophysine) a été décrite.
- 3. 3. Types histologiques pour lesquels il
n'existe pas de marqueur spécifique
Les sarcomes fibroblastiques et peu différenciés (fibrosarcomes,
myxofibrosarcomes, l'histiocytofibrome malin pléomorphe) n'ont
pas de profil immunohistochimique particulier.
En outre, dans certaines de ces tumeurs, en particulier dans l'histiocytofibrome
malin, on peut observer de manière inattendue quelques cellules
tumorales positives pour différents marqueurs : cytokératine,
EMA, desmine, actine musculaire lisse alpha, actine musculaire globale
ou HHF35, protéine S100. Dans cette situation, l'himmunohistochimie
permet d'éliminer d'autres hypothèses diagnostiques qu'il
s'agisse de tumeurs non conjonctives ou de sarcomes dont la ligne de
différenciation est établie par un profil immunohistochimique
particulier.
III - MICROSCOPIE ELECTRONIQUE (17)
L'examen ultrastructural joue un rôle moins
important que l'immunohistochimie dans le diagnostic pratique des tumeurs
des tissus mous car, d'une part il est plus difficile à mettre
en oeuvre et d'autre part il est moins rentable. Ce dernier point peut
être expliqué par les problèmes d'échantillonnage
et, par le fait, qu'il existe peu de marqueurs ultrastructuraux spécifiques.
En outre, peu de pathologistes ont une bonne expérience de cette
technique dans le domaine des tumeurs des tissus mous.
Cet examen, au même titre que l'immunohistochimie, doit être
considéré comme un complément de l'examen histologique
conventionnel. Entre des mains expérimentées, il peut apporter
des éléments décisifs en faveur d'un diagnostic et
pallier les insuffisances de l'immunohistochimie pour les sarcomes les
moins différenciés (33).
Il est le plus performant dans le diagnostic des sarcomes à petites
cellules rondes. Il apporte en effet souvent des arguments déterminants
en faveur des diagnostics de rhabdomyosarcome (myofilaments, bandes Z),
de neuroblastome (granules neurosécrétoires) ou de sarcome
d'Ewing (absence des deux critères précédents, présence
en abondance de glycogène intracytoplasmique). Il a également
démontré son utilité dans le diagnostic des tumeurs
à cellules fusiformes et certaines d'entre elles présentent
tout de même des caractères particuliers : sarcomes synoviaux
(micro-villosités, jonction intercellulaire, lamina-basale), schwannomes
malins (prolongements cellulaires, lamina, pinocytose), léiomyosarcomes
(corps denses, pinocytose, lamina). Il peut contribuer au diagnostic des
liposarcomes (identification des lipoblastes sur les coupes semi-fines),
des chondrosarcomes myxoïdes (microtubules intra-cysternaux) et des
sarcomes alvéolaires des parties molles (inclusions cristallines).
Dans les centres où un microscope électronique est accessible
il est légitime, devant toute tumeur des tissus mous, de prélever
systématiquement un fragment dans un fixateur adapté à
la microscopie électronique. La technique de microscopie électronique
ne sera ensuite poursuivie qu'en cas de besoin (15).
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