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>> Le génie de la mosaïque libanaise- "Le génie de la mosaïque libanaise du patrimoine particulier au patrimoine commun" ENQUETES 5/8

 

LA PLACE DE L'ETOILE

 


par Christelle MEDLEGE, Roula MERHEB, Joanna NASR, Dany GASPARD, Ralph KARAM, Sami MELKI, Madonna BEJJANI, Charline EL HACHEM, Samer JALBOUT


 

 

CARTE DE LA PLACE DE L'ETOILE ET ARCHITECTURE

(CLIQUEZ DESSUS POUR CONSULTER)

 

 

 

 

 

Espaces publics:

Après la guerre, la place de l'Étoile n'est plus la même. Comme toute structure endommagée, elle a dû acquérir certains traits et en perdre d'autres au sein d'un remodelage d'urbanisation. A cet égard, les espaces publics se voient régresser. Il n'existe en fait aucun espace vert public dans la Place mais quelques rares "jardins", petits et bien structurés, qui servent surtout comme embellisseurs du cadre tel celui qui se trouve face à la Municipalité.

Les anciens "souks", victimes du remodelage urbain, sont substitués par des locaux modernes. Non loin, au sud de la Place, un ciné prend naissance. Ce dernier n’a pu résister à la folie de la modernisation et fut remplacé par un nouveau bâtiment nommé "Virgin Megastore", centre international de projets musicaux.

D'autre part, à l'entrée de la rue Maarad se tient toujours le grand théâtre d'autrefois; un théâtre où venaient exceller nombreux artistes aussi bien libanais qu'étrangers. Les vestiges de ce bâtiment rappellent la célèbre voix de " 'Oum Koulthoum" ou même celle de "Mohamad Abed el Wahab" qui font toujours trembler les arcades de la rue Maarad.

Finalement, le dernier aspect public de la place de l'Étoile se traduit par les expositions qui y ont lieu . D'ailleurs l'origine de l'appellation de l'une des rues principales de la Place- la rue Maarad- remonte aux historiques expositions et foires qui y avaient lieu. Plus précisément encore, avant les dégâts de la guerre qui ont frappé la Place, un local était spécialement réservé pour l'élaboration de diverses expositions sous le nom "d'expositions libanaises", à l'Est du parlement. Aujourd'hui, ce local n'est plus. Mais les expositions rentrent toujours dans la trame des évènements qui se déroulent régulièrement dans la place de l'Étoile.

Ainsi, à chaque occasion, de nouvelles expositions rassemblent des célébrités aussi bien que le commun de la société: dans la rue Maarad, "Dar el Hayat" est le centre où sont exposés les écrits de multiples auteurs comme Antoine de Saint-Exupéry. Toujours dans cette même rue et sous le titre "Doubles regards: Paris-Beyrouth", une exposition de photos a eu lieu sur les arcades hautaines. "Maarad", du fait de sa dénomination historique, est le siège le plus chaud des expositions: tableaux de peinture sur l'héritage libanais, défilés de mode ainsi que musiciens ambulants y ont aussi tenu place.

 

Près de la place de l'Étoile, les thermes romains et les jardins aux alentours connaissent aussi des activités telle la semaine de la cuisine française organisée par l'Académie Libanaise de Gastronomie.

Bien que le cadre public se dégrade avec les jardins, le ciné ou le théâtre, il se reconstruit considérablement par l’intermédiaire des vives expositions de la Place.



Espaces religieux:

Parmi les religions qui structurent la majorité de la société libanaise, se trouvent l'Islam et le Christianisme. Pour célébrer la révérence envers chacune de ces deux religions, des sites religieux ont été érigés depuis des centaines d'années déjà. Ainsi églises et mosquées prennent naissance dans les branches de l'étoile. Pour la religion musulmane, trois mosquées sont construites:

la mosquée de l'Emir Assaf dans la rue Ahdab,

la mosquée Omari dans la rue qui porte son nom

et la mosquée de l'Emir Mounzer dans la rue Karamé

.

 

Édifiées au XVIIIème siècle, ces trois mosquées témoignent de l'Islam en tant que religion historique du centre et qui l'est toujours. Les mosquées-sœurs, celles de l'Emir Assaf et de son frère Mounzer sont complètement restaurées alors que la mosquée Omari l'est en cours.

 

A l'Islam, vient s'ajouter, le Christianisme avec ses deux églises qui donnent sur la place de l'Étoile. La première est la Cathédrale Saint-Élie des Grecs Catholiques qui n'est pas encore restaurée.

 

 

 

 

L'autre est la Cathédrale Saint-Georges des Grecs Orthodoxes qui est en voie de reconstruction.

 

 

 

 

Derrière ces deux, se trouve le site du sanctuaire notre-Dame "Al nouriyé". C'est en fait la localisation des deux cathédrales qui, en partie, a joué contre l'achèvement des deux branches de l'étoile.

A observer la disposition des sites religieux, on remarque qu'ils sont séparés comme pour souligner le clivage entre chaque religion. Les deux cathédrales stationnent au centre alors que chacune des trois mosquées encercle la Place, en se tenant sur l'extrémité de trois branches consécutives.


Derrière la mosquée Omari, au loin, s'observe une croix (celle de l'église des Capucins) qui s'élève dans le ciel. En vue générale, les deux appartenances religieuses se poursuivent sur un même axe. Serait-ce une harmonie, une tendance de les rapprocher par la distance ou, au contraire, la montée d'une compétition qui fait opposer le Christianisme à l'Islam?


 

 

 

 

Espaces institutionnels:

Parmi les différentes fonctions que remplit la place de l'Étoile, on voit s'affirmer son rôle institutionnel. Celui-ci se traduit à travers le parlement, la municipalité et les ambassades.

 

Sur le côté Ouest de la Place, dans le style monumental moderne des années 1920, aux lignes géométriques simples, mais flanqué d'une porte "à la mamelouk" et d'une façade inspirée de l'architecture antique de l'Orient, s'élève le bâtiment du Parlement, symbole de la souveraineté de la jeune Nation Libanaise. Assorti de fenêtres étroites et élancées et privé d'un espace frontal favorable au rassemblement ou à la simple flânerie, ce bâtiment a tout l'air d'un temple fermé aux regards extérieurs et à la population.

Quant à la Municipalité de Beyrouth, on ne peut pas vraiment l'inclure au sein de la Place. Elle est déplacée vers un bâtiment neuf, au vocabulaire architectural arabisant, toutes époques et régions arabes confondues (en Syrie, ce style est appelé néo-ottoman). Édifiée sur l'emplacement du souk "al Fachkha", désigné maintenant par la rue Weygand, la Municipalité se réinstalle donc dans la vieille ville, en face de la mosquée Omari. Érigée à même le trottoir, sans jardin et sans place frontale ou toute autre forme de surface de dégagement, elle perd les symboles de sa fonction centrale. La Municipalité s'intéresse essentiellement au centre-ville, au développement du port et des moyens de communication.

 

Enfin, la Place est aussi le siège d'ambassades. C'est ainsi que l'Italie fait élever son drapeau dans la rue Ahdab. A travers son ambassade, elle ancre d'une façon profonde le lien libano-italien, délivrant les visas au pays du Pape au centre d'un cadre historique , source du patrimoine libanais. Dans le même bâtiment se trouve le consulat de Belize, un État de l'Amérique centrale qui, lui aussi, renforce l'ouverture d'un espace clos traditionnel sur les continents du monde.

Espaces communs:

En se basant sur les histoires de nos grands-parents d'une part et sur les informations présentées par des références qui s'intéressent à l'étude de la place de l'Étoile d'autre part, nous pouvons affirmer que les moyens de communications y ont beaucoup changé. Autrefois, la place de l'Étoile s'encombrait de taxis destinés à faire circuler les gens dans tous les sens. Les rails de fer entouraient la Place et cisaillaient les rues avoisinantes, notamment la rue Weygand.

Actuellement les trains ont disparu pour être remplacés par un moyen de communication peu "sociable", qui éloigne les gens les uns des autres: la voiture. Toutefois, il est strictement interdit d'accéder au centre de la Place, en voiture, ni à ses branches d'ailleurs, affaire assurée par les multiples barrières de la sécurité du centre. Ainsi, bus et taxis sont disponibles hors du cadre privé de la Place, c'est à dire au niveau des rues qui la délimitent; d'où la marginalisation du rôle de ces derniers par rapport au passé.

Quant aux parkings, ils deviennent assez nombreux. Malgré leur caractère spacieux, ils sont saturés de voitures, le soir plus que le jour. En effet, quatre parkings encerclent la place de l'Étoile, chacun d'un côté du cadre qui la circonscrit.

Quelque soit la destination, la Place assure le lieu de départ vers tous les coins du pays par les grands axes routiers qui l'entourent. Ainsi conduits par la rue Weygand vers la Place, la rue Emir Béchir assure votre retour soit à l'Est de Beyrouth, vers Achrafiyeh par la place des Martyrs, soit pour rejoindre la rue de Damas , par la rue de Syrie entre autres. En suivant le chemin de Weygand, plusieurs bifurcations se ramifient pour vous conduire à Hamra, Corniche de Rawché.. bref, à l'Ouest de Beyrouth.

Bâtiments et centres:

Détruit par les occupants qui s'y sont succédés et ravagé par la violence de la guerre, le centre-ville saigna abondamment. Sous le titre "Reconstruire Beyrouth", il voit ses parties renaître, chacune dans un style, répondant à des plans d'urbanisation différents. La reconstruction sur le modèle des villes de l'argent rapide est en opposition avec l'héritage libanais. Il est donc question d'un dilemme entre la conservation du patrimoine, de tout ce qui est vestige historique, mémoire des lieux enracinée dans une collectivité d'une part et le désir de modernisation ou la perte de l'identité, d'autre part.(…)

Une place de l'Étoile pluriculturelle, multicommunautaire:

A travers les décennies, Beyrouth a été le siège de plusieurs civilisations. Chacune d'elles l'a imprégnée d'une façon ou d'une autre.

Au niveau du centre-ville et plus précisément de la place de l'Étoile, les cultures qui gardent des souvenirs sont, successivement, les suivantes: la culture romaine a été la première à garder ses vestiges sur le site de la Place. Ces derniers sont traduits par de nombreux éléments déjà cités, dont les thermes romains et la rue Cardo Maximus.. Après les Romains, c'est le tour des Arabes auxquels on doit l'architecture des mosquées. Ensuite vient l'époque Ottomane qui était derrière les plans d'urbanisation du centre-ville et qui s'incarnent surtout dans le bâtiment de la Municipalité. Enfin, le mandat français garde la touche la plus réelle sur la place de l'Étoile étant donné que tout le projet est une imitation de la Place parisienne.

Mais ce n'est pas seulement sur le niveau architectural que s'observe la culture. Elle se transmet aussi par des organisations diverses au sein de la Place. Notons par exemple le "Pavillon de la Francophonie" qui rappelle l'héritage de la langue française, devenue couramment parlée à partir du mandat. La célébration des fêtes sous le nom de "fiesta in piazza" en souvenir du jour national italien, témoigne aussi d'une emprunte qui se fait par le biais de l'ambassade d'Italie ou de la "banca di Roma". Ces deux exemples illustrent l'aspect pluriculturel du site. Plus encore, les cultures passées sur ce terrain ne se sont pas limitées à un simple assemblage au niveau du cadre, mais elles ont dépassé les barrières du temps et de l'espace pour se combiner dans un moule unique à l'image des pièces d'une mosaïque. Cette idée est renforcée par un bâtiment qui regroupe le style italien quant à la pierre et sa gravure et, le style arabesque-ottoman, traduit par les colonnes de base: un mélange de cultures qui cristallisent en une unité et finissent par dominer la notion du temps.

La pluralité des cultures est à rechercher aussi dans les espaces commerciaux de la place de l'Étoile. Effectivement, plusieurs restaurants de la Place sont signés par la cuisine italienne comme "Scoozi", spécialisé dans les pâtes et les pizzas ou "Salmontini", la maison du Saumon. Quant à la cuisine française, elle prédomine dans le "Ragueneau". Cette diversité des goûts souligne, une fois de plus, l'implication de la place de l'Étoile dans un cadre pluriculturel.

L'idée la plus importante qui se dégage à partir de cette observation est la suivante: implantés au milieu d'un cœur historique aussi ancien que la place de l'Étoile, les restaurants multinationaux se tolèrent aussi divergents par leurs cultures que rapprochés par l'espace. Cette cohésion entre éléments disparates fait de la Place un endroit ouvert sur le monde par excellence, qui accepte l'autre sur ses différences. …

 

Les restaurants et différents commerces de la place de l’Etoile

Restaurants et cafés

Magasins

Boutiques de souvenirs

Banques et assurances
La maison du saumon Woolnough’s

 

Joseph Abi Farah Haute couture


UFA

 

K-Bab Samiia Boutique

Formes

 

Banque du Liban et d’outre-mer.

 

Al Balad Akiki’s Cigars

Sports Town

 

Banca di Roma

 

Rosanna Wadih Mrad

Mondi Shoes

 

Banque Misr-Liban

 

Parlamento (italien) Myshu

Elliots collection (Antiquaire)

 

Société Libanaise d’assurance
Baccalao Cat’s

Atelier Chaalan (antiquaire et souvenirs)

 

 
Park 11 Zone Aïda Cherfan Fine Art  
Star morning Body one

Baghdadi (Narjileh)

 
Le 5 Kebbe    
Al-Halabi Prime Dvd    
Casper & Gambini’s Cd’s online    
Shogun Momento    
Scoozi      
Famous Pizzazz      
Kiubs      
Massacom (OS)      
Café Met      
La Posta      
Caffe del Centro      
Centre Ville café (OS)      
Café suprême      

Dunkin Donuts

     
Grand Café      
Petit Café      
Le Ragueneau – Bistrot      
Mi – chaud      

Place de l’étoile

     

 

Architecture de la place de l’Étoile

Les bâtiments de la place de l'Étoile sont presque tous construits dans le style néoclassique. Cependant, on peut apercevoir différents styles architecturaux en regardant les murs et les frises de plus près, les arcades vestiges des anciens souks populaires avec des luminaires qui pendent en leur milieu, les balcons et les fenêtres tantôt rectangulaires tantôt en arcades, les ornements occidentaux, avec des figures moins acérées que les fresques arabes, la diversités des réverbères et autres luminaires … Il suffit de tourner la tête et de regarder l'immeuble d'en face pour voir comment les frises murales changent, le style d'architecture aussi, là où le fer forge décorait les balcons, c'est le granit qui le remplace. Les dessins arabes de l'autre côté de la rue deviennent des semblants de colonnes romaines utilisées comme poutre pour soutenir la construction. Le moderne se lie au rustique, à l'ancien pour mieux l'aider à exhiber ses beautés : les sculptures orientales dans les murs auxquels sont suspendus des projecteurs. Et les façades vitrées agissent comme des miroirs en reflétant les immeubles environnants. Les styles et les arts se mêlent et s'enrichissent mutuellement. L’orient et l'occident se mêlent vraiment dans cet endroit-là. Toutes les tendances sont regroupées dans un même et unique lieu. Comme quoi, la place de l'étoile est vraiment un patrimoine commun à tous les libanais du point de vue architectural, et peut être même d'une grande partie du monde aussi.

 

Les gens que l’on rencontre au centre-ville de Beyrouth


De plus, entre « Hi, Kifak » des libanais, les « Salut, ça va ? » des français, les « Hello mate » des anglais, les « What’s up man ?» des américains et les « Mouchta’in akhi » des arabes, on ne sait plus où donner de la tête en ce qui est de distinguer les différentes nationalités coexistantes au centre ville.

Donc on trouve dans le centre-ville des gens de tous les âges, des deux sexes, de toutes les religions, en plus de touristes de provenances très diverses.

Les interviews

Pour vous, quelle valeur le centre-ville possède- t-il ?

C’est le « balad » ici. On l’appelle le « Balad » (Balad veut dire pays) .

Considérez-vous le centre-ville comme un patrimoine pour tous les libanais ou pour une

partie restreinte des libanais ?

Non, pour tous les libanais bien sûr. Si vous remarquez, il y a une église, une mosquée… C’est très beau la façon avec laquelle cet espace permet de regrouper ces deux édifices.

La mosquée a- t-elle, pour vous chrétien, une valeur particulière ?

Je pense que son importance réside dans le fait qu’elle symbolise la coexistence islamo-chrétienne.

Considérez -vous le centre ville l’apanage exclusif d’une certaine catégorie de gens ? Jeunes, riches, pauvres, etc.…

Non, l’endroit est très ouvert, il y a une multitude de catégories de gens qui y viennent, de tous les âges, de tous les sexes, et je suppose que tout le monde peut se permettre les prix affichés dans les magasins et restaurants, peut être pas chaque semaine, mais cela ne fait pas de la place de l’étoile, l’exclusivité des gens de la haute société.

Hormis les communautés, qu’en est -il pour ce qui est des tranches d’âge, des appartenances sociales ?

On voit ici des gens de tous les ages, petits, grands, vieillards… C’est ce qui fait la beauté de cet espace. De plus, il y a une très importante coexistence qui apparaît dans l’existence en l’espace de quelques mètres d’églises et de mosquées.

Pour vous, en tant que chrétien, quelle valeur la mosquée a- t-elle ? Quelle votre réaction en face d’une mosquée ?

Comme l’église, mais pour une autre religion.

Quelle importance le centre-ville a- t-il pour vous ?

Je l’aime beaucoup. J’aime la foule, l’assemblée. Je suis très contente ici.

Que venez-vous faire ici au centre-ville ?

Je viens admirer la beauté ici, la nouvelle architecture, et en même temps rencontrer mes amis et dîner avec eux.

Quelle valeur donnez-vous au centre-ville ?

Elle a une valeur morale : Beyrouth à l’origine était belle comme ça, …

Nous remarquons ici le grand nombre d’églises et de mosquées. Pour vous en temps que musulman, que représente l’église ?

Chaque personne, chrétienne ou musulmane, a sa propre religion et ses propres lieux de cultes.

C’est à dire que vous respectez l’église ?

Pour sûr.

Vous considérez qu’elle devrait être ici ?

Bien sûr qu’elle devrait être ici.

Considérez vous que la beauté de la région réside dans sa diversité ?

Oui. Toutes ces richesses culturelles et historiques sont uniques, et on ne trouve semblable dans aucune autre région arabe.



© 2003 - Université Saint-Joseph de Beyrouth

Réalisation: Tamina ELIAS
Maquette: Aline DAGHER SPCOM
Tous droits réservés

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