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LA CITÉ HUMANISTE
Un des grands poètes du Québec, Gilles Vigneault,
disait un jour que
«La Francophonie, c’est un vaste pays sans frontières.
celui de la langue
française. C’est le pays de l’intérieur,
de l’invisible, spirituel, mental, moral,
qui est en chacun de nous.»
Au mois d’août dernier, à Rochefort, lors des
Entretiens de la Corderie
Royale, j’ai assisté à la visio-conférence
animée par Tamina Elias autour du «génie de
la mosaïque libanaise». Comme le dit Jacques Beauchard
«au milieu de la Francophonie, deux sociétés
se rencontraient et, en quelque sorte, étaient en visite
l’une chez l’autre».
Venu du Québec, je ne me sentais nullement étranger
à cette rencontre entre
le Liban et la France. J’avais la sensation palpable de faire
partie de cette famille… pour plusieurs raisons.
Je suis tombé dans la Francophonie comme d’autres dans
la potion magique
et j’ai eu la chance de participer activement à la
préparation et à la tenue des huit premiers Sommets
francophones. Lors de notre rencontre à Rochefort, nous étions
à ce moment-là à moins de deux mois du IX e
Sommet de la Francophonie à Beyrouth. Un Sommet qui, dans
mon esprit, était sur le point d’apporter une nouveauté.
En effet, les dernières années nous avait habitués
à entendre parler du Liban : l’occupation de son territoire
par Israël, les camps de réfugiés, les déchirures
sanglantes, les déplacements de la population, le poids de
la Syrie sur la vie libanaise.
Mais, on n’avait pas entendu le Liban parler depuis longtemps.
Le Liban,
pour quelques jours, ferait entendre sa voix, qui a cruellement
manqué pendant
20 ans. Il le ferait, entouré des pays francophones, le quart
des pays de l’ONU.
Or, soudain, dans cette visioconférence, des étudiants
libanais venaient
eux-mêmes parler de leur pays, de leur ville, de leur société.
Ils me disaient que
demain, ils ne seront pas seulement médecins, ils seront
aussi citoyens. Être issus d’une Université de
Beyrouth, en ce début de siècle, cela veut dire,
en quelque sorte, être dépositaires de cette recherche
de l’égalité sociale, économique et politique
entre les hommes et les femmes : une valeur fondamentale et démocratique
entre nos sociétés actuelles et de demain. C’est
être dépositaires, dans ses gênes pour demain
d’une notion de justice sociale pour laquelle, encore récemment,
tant d’êtres humains ont lutté et luttent encore.
C’est être dépositaires de la volonté
de rebâtir les lieux qui permettent la rencontre des hommes.
Ils venaient nous dire que la société libanaise était
une société, justement
parce qu’elle était diverse. Vouloir être et
agir ensemble, n’est-ce point là justement la définition
de l’identité ? C’est ce que j’entendais
dans la visio-conférence du mois d’août dernier.
Mais je me sentais chez moi durant cette rencontre parce que je
sais que cette mosaïque construit aussi mon propre pays. Le
Québec a des assurances profondes: il trouve dans sa culture
et dans sa langue la conscience certaine de son identité.
Nous savons parfaitement qui nous sommes : ces paysages à
couper le souffle, ces fleuves et ces rivières indomptés,
la langue française qui nous réunit, notre sensibilité
nord-américaine, les apports de l’immigration qui enrichissent
notre âme collective.
Un poète de chez nous, Marco Micone, a écrit :
« Nous sommes 100 peuples venus de loin,
Partager vos rêves et vos hivers.
Nous sommes 100 peuples venus de loin,
Pour vous dire que vous n’êtes pas seuls. »
Mais, ce qui transforme l’addition des différences
en une mosaïque éclatante,
c’est la culture, car celle-ci renvoie toujours essentiellement
à une communauté
qui la porte, l’anime, l’incarne et la transmet. On
ne la conserve pas par seul attachement au passé : on y adhère
parce qu’on y trouve une clé de compréhension
et de signification pour le présent, une inspiration et un
projet pour l’avenir, voire une espérance pour certains.
Notre appartenance à l’univers francophone en cette
période de mondialisation
est une chance. Ce combat pour la diversité, le Québec
le mène depuis près
de 200 ans, mais aujourd’hui, nous sentons que d’autres
peuples, d’autres sociétés, s’en réclament.
La diversité culturelle a tout pour nous réunir et
renouveler l’alliance de la Francophonie.La nouvelle terminologie
de «promotion» au lieu d’«exception»
en témoigne. Cette dénomination est positive. Elle
ne se veut pas un combat d’arrière-garde, mais une
affirmation de l’identité. La diversité culturelle,
dans un monde qui ne connaît plus qu’une seule voix,
qu’une seule puissance, qu’un seul empire, se situe
au cœur même de nos identités et de nos valeurs.
Elle est la synthèse même de tout ce qui fait de nous
des sociétés spécifiques. Face à la
mondialisation, le problème est le même pour tout le
monde. Il est le même pour les grands et les petits pays,
il est le même pour la France, le Liban ou le Québec.
Un risque de nivellement existe dans le monde entier. Sans être
l’espérance
d’une victoire, mais sûrement un pré-requis pour
l’espérer, une condition est nécessaire: il
faut bâtir autour de nous la conviction que toute cité
des hommes ne peut être que plurielle.
Michel LUCIER, ancien délégué
du Québec en France
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