Le laboratoire propose un test diagnostic pour
le gène MEFV. Cependant, nous avons réalisé
de nombreux travaux de recherche en parallèle.
Identification de mutations dans le gène MEFV
Le travail pour la Fièvre Méditerranéenne
Familiale (FMF) a été entièrement réalisé
à l’UGM. Il a débuté, en 1997, par l’étude
de 35 patients libanais atteints de FMF. Chez ces patients, nous
avons tout d’abord recherché les 5 mutations les plus
fréquentes dans le gène MEFV, par des méthodes
simples de PCR-digestion et ARMS (Amplification Refractory Mutation
System), les seules méthodes praticables à l’époque
à l’UGM. Afin d’évaluer la qualité
de nos expérimentations, nous avons validé nos résultats
dans deux laboratoires français différents (Marc Delpech-Institut
Cochin-Paris et Charles Gossens- Hôpital Henri-Mondor-Créteil).
Le résultat de l’étude étant encourageant,
nous avons augmenté la taille de notre échantillon,
et étudié 15 mutations dans le gène par des
méthodes de PCR-digestion ou ARMS. Cette première
étude a permis de montrer que, comme dans toutes les autres
populations, dans lesquelles la FMF est fréquente, 5 mutations
sont fréquemment retrouvées dans la population libanaise.
Néanmoins le spectre de mutations est beaucoup plus large,
ce qui se traduit par un taux d’allèles non caractérisés
(33%) plus important que dans d’autres populations.
La même étude a été entreprise pour
42 malades jordaniens atteints de FMF et a montré des résultats
similaires, avec 40%d’allèles non caractérisés.
Actuellement, une étude est en cours sur un échantillon
de la population syrienne.
L’étude des mutations dans le gène MEFV a
été le sujet de plusieurs travaux : un stage de maîtrise
de laboratoire, un stage de DEA et une thèse de doctorat.
Dans le cadre d’un stage de DEA, l’exon 2, a été
exploré chez tous les patients par séquençage
fluorescent direct. En effet, l’exon 2 étant riche
en polymorphismes, il n’est pas possible d’utiliser
des méthodes de type DGGE, SSCP ou dHPLC. Cette étude,
a permis de mettre en évidence deux nouvelles mutations faux-sens
(S108R et E474K) dans l’exon 2 du gène.
Les autres exons (1, 3 à 9) ont été étudiés
d’abord par SSCP (stage de maîtrise de laboratoire).
Actuellement, dans le cadre du diagnostic moléculaire, tous
les exons (excepté l’exon 2, trop riche en polymorphisme)
sont étudiés par dHPLC et séquençage
fluorescent. A ce jour, aucune nouvelle mutation n’a pu être
mise en évidence.
Travaux de thèse de doctorat de Mme Myrna Medlej-Hashim
La fièvre Méditerranéenne familiale (FMF)
est une maladie à transmission autosomique récessive
qui affecte surtout les populations du bassin méditerranéen.
Elle se caractérise par des crises récurrentes et
inexpliquées de fièvre, accompagnée d’une
inflammation des séreuses, se traduisant par des douleurs
abdominales, thoraciques ou articulaires. La complication majeure
est le développement d’une amylose rénale. Le
gène MEFV, responsable de la FMF, a été identifié
sur le chromosome 16. Il code une protéine, la pyrine/marénostrine,
qui a été récemment associée aux microtubules
dans la cellule, mais dont la fonction est toujours inconnue.
Nous avons entrepris, entre 1998 et 2001, une étude génétique
et épidémiologique chez 400 patients libanais et 55
Jordaniens cliniquement atteints de FMF. Après séquençage
fluorescent et RFLP, 17 mutations ont été déterminées,
dont les plus fréquentes: M694V, M694I, V726A, M680I et E148Q.
Un excès d’homozygotes pour les mutations M694V et
M694I du gène MEFV, parallèlement à un déficit
significatif d’hétérozygotes composites M694V/M694I
ont été notés. Un taux élevé
d’Immunoglobulines D a été observé chez
19% des patients FMF, et a été particulièrement
associé à la mutation M694V, surtout à l’état
homozygote. Dans le groupe de patients atteints d’amylose,
ce phénotype a été associé à
un âge plus précoce de début de la maladie,
et aux mutations M694V et M694I à l’état homozygote.
L’étude de l’effet modificateur des 2 gènes
MICA (MHC class-I-chain-related gene A) et SAA1 (protéine
sérique amyloïde de type 1) sur le développement
de l’amylose a montré l’absence d’association
des allèles du gène MICA avec ce phénotype
sévère, alors que les allèles ß et ?
du gène SAA1 semblent avoir un effet protecteur vis à
vis de l’amylose chez les patients FMF. L’étude
de la FMF et de la transmission des haplotypes dans une grande famille
du Sud Liban a montré la présence de 5 mutations du
gène MEFV dans cette famille. L’allèle porteur
de la mutation M694I, fréquente chez les Arabes, a été
conservé dans toutes les branches de la famille, et semble
être ancestral.
Ces résultats montrent une implication importante des mutations
du codon 694 du gène MEFV dans la sévérité
de la FMF. L’excès d’homozygotes pour ces mutations
et le déficit d’hétérozygotes, causés
en partie par la forte consanguinité, sont aussi les résultats
d’un biais de sélection, que pourrait expliquer la
structure plus ou moins anormale de la protéine formée.
L’association des taux d’IgD élevés avec
ces mutations mériterait plus ample investigation.
Perspectives
Les différentes études entreprises sur la FMF et
le gène MEFV ont donné lieu à 5 publications
: Medlej-Hashim et al., 2000 ; Mansour et al., 2001, Medlej-Hashim
et al., 2001 ; Medlej-Hashim et al., 2002, Delague et al., 2004.
Elles nous ont permis de nous positionner comme laboratoire de référence
pour cette pathologie dans le Moyen-Orient et le Monde Arabe.
Actuellement, nous terminons l’exploration de la totalité
de la séquence codante pour tous nos patients libanais, syriens
et jordaniens (soit environ 700 patients), ainsi que le génotypage
de 4 marqueurs microsatellites flanquant le gène MEFV, dans
le but d’identifier d’éventuels effets fondateurs.
Ce travail fera l’objet d’une publication.
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